Entre 2015 et 2025, mon utilisation de l’avion a drastiquement changé. De voyageuse enthousiaste, toujours prête à sauter dans le prochain Boeing pour un week-end européen ou à planifier des vacances de rêve sur le continent américain, je suis devenue adepte des destinations locales, fortement portée par l’idée d’éviter les trajets aériens autant que possible – et surtout, de ne plus les normaliser.
Quelle est l’origine de cette évolution, et comment s’est-elle mise en place ? Quelles sont à ce jour mes limites et mes imperfections à ce sujet ? Quelle est la ligne directrice qui guide désormais mes choix de voyage ?
Parce que la question de la mobilité s’annonce absolument essentielle pour l’avenir à mon sens, mais aussi parce que je suis consciente de toutes les difficultés qu’elle suppose (questions pratiques, financières, humaines…), j’ai eu envie aujourd’hui de vous exposer ma situation en toute honnêteté.
En tant que personne émigrée, dotée d’une famille 100% internationale (mes parents et mon frère sont ma seule famille en Europe, le reste est de l’autre côté de l’Atlantique), je rencontre moi-même des problématiques particulières – ce qui ne signifie pas qu’aucun effort significatif ne soit possible.
Sans considérer mon exemple comme un fait universel, et encore moins comme un idéal à suivre, j’espère néanmoins qu’il participera à alimenter des réflexions durables si vous commencez à questionner vous aussi votre rapport au voyage.
REMISE EN QUESTION D’UNE UTILISATRICE FRÉQUENTE
Petite, je ne prenais presque jamais l’avion: l’immense majorité de nos vacances étaient locales (en France et en Belgique surtout, et une fois en Espagne par la route). Les seules exceptions furent trois voyages aux Etats-Unis à mes 2, 12 et 14 ans pour divers événements et séjours familiaux.
Mon recours à des vols plus fréquents a commencé à la fin de l’adolescence, alors que des compagnies comme EasyJet ou RyanAir offraient des tarifs imbattables: après deux séjours estivaux en Espagne entre copines, une relation à distance puis mon installation à Barcelone ont généré beaucoup d’allers-retours entre la Catalogne et la France. Entre mes 25 et 30 ans, j’ai aussi pris l’habitude de faire des escapades régulières en Europe et au Royaume-Uni, car j’avais tout à découvrir: une majorité de ces voyages ont été effectués en avion pour des raisons de gain de temps et de tarifs attractifs. C’est aussi pendant ces années que j’ai souhaité retourner aux US en tant qu’adulte pour partager ce pays avec mon compagnon, et connaître la Colombie, qui fait partie de mon histoire.
Inévitablement, l’avion était devenu un quasi réflexe pour moi: je tenais toujours compte de cette option lorsque j’avais un trajet à faire, et la choisissais volontiers si les conditions étaient plus favorables, sans me poser de questions ! J’ai même accepté à cette époque des voyages de presse impliquant des vols transatlantiques (au Guatemala et au Canada) pour des durées très courtes, sans y voir de mal.
Ma prise de conscience réelle est née à partir du calcul de mon empreinte carbone à l’été 2019: j’ai alors réalisé que malgré une alimentation végétarienne, des choix de consommation responsables (principalement en seconde main) et les modes de transport très peu polluants que j’utilisais dans la vie quotidienne (tram, vélo…), mes trajets aériens étaient LE gros point noir de mon impact environnemental. À cette période, de plus en plus de voix commençaient aussi à s’élever contre l’utilisation trop fréquente de l’avion dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Je suis fondamentalement persuadée que les changements durables de paradigme demandent un peu de temps, car le « travail » du for intérieur ne peut pas se forcer. À l’époque, je me suis donc proposé dans un premier temps de limiter mes trajets aériens de façon modérée: un à deux vols européens par an maximum, et des vols long-courrier limités à tous les 3-4 ans minimum. Mon engagement a été mis en oeuvre immédiatement, par exemple avec mon périple à Glasgow en train en octobre 2019.
L’arrivée de la pandémie en 2020 toutefois, en limitant fortement les possibilités de séjours internationaux, a accéléré mon cheminement: je n’ai pas vraiment souffert de ne pas pouvoir voyager, ce qui m’a amenée à envisager de vivre avec encore moins de vols. Depuis 2020, je ne me suis d’ailleurs octroyé qu’un aller-retour à Glasgow en 2022 (pour des raisons de timing trop serré pour le train). Un seul vol touristique en presque 5 ans, une première depuis longtemps pour moi !
Entre temps, notre adoption de deux grands chiens qui ne peuvent pas prendre l’avion a aussi fini de me détacher de ce mode de transport, puisque je préfère les emmener avec moi en vacances. Nous avons donc recentré notre attention sur la rénovation d’une petite maison en Normandie, qui fait aussi office d’escapade, et sur les séjours en France avec ma famille.
C’est ainsi que j’en suis venue à considérer à nouveau l’avion comme une exception, coûteuse pour la planète, à réserver à des occasions particulières.
QUELQUES NUANCES PERSONNELLES
Si mon rapport à l’avion a évolué de façon durable en théorie, plusieurs points viennent à mon sens nuancer à la fois la profondeur de mon engagement, et sa reproductibilité.
Voici quelques pensées en vrac à ce sujet:
- Il est assez facile pour moi de faire ce renoncement: je n’ai pas de passion particulière pour des régions éloignées du monde, ma famille nucléaire est accessible en train, les vacances tropicales n’ont jamais été à mon goût, et j’ai déjà eu l’immense chance de visiter les lieux qui m’intéressent le plus. Ma frustration est minime, en somme. J’ai aussi la possibilité de contrôler mon temps et travailler de n’importe où, ce qui rend le « slow travel » plus accessible pour moi qu’une personne dont le travail est en présentiel, ou une famille avec enfants. Enfin, je n’ai pas actuellement le budget pour faire des voyages réguliers car les prix ont énormément augmenté, donc la question ne se pose pas ! Je suis consciente que dans d’autres cas de figure, tirer un trait sur l’avion serait potentiellement plus douloureux.
- La question du prix et de la durée reste essentielle. Ces deux facteurs limiteront toujours les possibilités de « mieux faire »: on ne peut espérer des usagers qu’ils/elles choisissent l’option la plus chère ET la plus longue quand des choix plus efficaces existent. Je l’ai fait à quelques reprises lorsque je pouvais me le permettre, mais ce n’est pas toujours le cas. Pour cette raison, il me semble essentiel de soutenir politiquement le développement des lignes ferroviaires, les subventions au train, voire des initiatives facilitant les choix éco-responsables (pourquoi pas par exemple un jour de congé bonus en entreprise pour les personnes qui font des trajets par les rails plutôt que par les airs !).
- Je prends peu l’avion, mais je fais des longues distances en voiture, ce qui n’est pas idéal non plus. Dans notre cas, le choix d’adopter deux grandes chiennes au passé difficile, compliquées à faire voyager en train, et le manque d’options sur place pour se déplacer avec elles réduisent nos options à cette seule alternative. Nous utilisons un véhicule hybride, mais l’impact sur des longues distances peut malgré tout s’approcher de celui d’un vol court, et j’en suis tristement consciente ! Là aussi, le développement de l’offre (je rêve par exemple de wagons dédiés aux propriétaires de chiens, de toutous acceptés dans davantage de lieux…) serait essentiel pour faire changer les choses. Pour l’instant, je suis bloquée !
- Lorsque l’on a comme moi un entourage international dispersé entre l’Europe, les Etats-Unis et l’Amérique du Sud, il est impossible d’éviter l’avion à 100%. En toute franchise, j’ai même un peu regretté mes choix écologiques lors de notre dernière réunion familiale aux Etats-Unis: ma grand-mère était décédée, mes plus jeunes cousins étaient devenus adultes, et tout cela sans que je ne fasse partie de leur vie depuis plusieurs années. Le temps passe malheureusement trop vite: ce constat et ma conscience écologique sont en perpétuel tiraillement dans mon esprit. Avec les années toutefois, il me semble de plus en plus essentiel de ne pas perdre trop d’opportunités de voir mes proches malgré la pollution que cela engendre, car personne n’est éternel: je dois trouver un juste équilibre.
- À ce jour, le traffic aérien continue d’augmenter, et les vols décollent même lorsqu’ils sont presque vides – notamment grâce aux aides publiques accordées aux compagnies aériennes. En étant réaliste, mon choix de ne pas trop prendre l’avion est probablement plus symbolique que réellement impactant dans la réduction de la pollution. Qu’on le prenne ou non, l’avion va quand même voler ! Comme pour l’ensemble du combat écologique en général, au-delà des gestes individuels, je crois donc que l’obtention de vrais changements au niveau politique est primordiale – et cette lutte systémique tout aussi importante, voire plus, qu’un choix ponctuel de trajet. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est important de sensibiliser l’opinion publique, afin de créer une pression envers l’industrie et les décisionnaires.
MON ÉTAT D’ESPRIT AUJOURD’HUI
En tenant compte à la fois de mes facilités (que je suis prête à exploiter au maximum) et de mes limitations inévitables, ma charte morale vis à vis de l’avion ressemble aujourd’hui à ce qui suit.
- Privilégier toujours les destinations proches ou accessibles sans avion. Quoiqu’il arrive, c’est ma règle numéro un: pour mes escapades de loisir sans occasion particulière, je tiens à rester sur une échelle régionale. J’ai encore plein de lieux à explorer en France et en Europe (notamment l’Allemagne, l’Europe de l’Est, l’Europe du Nord, le Royaume-Uni…) et je me contenterai volontiers de ces découvertes plus locales accessibles par le train ou par la route lorsque j’aurai l’occasion de voyager.
- Réserver mes quelques trajets en avion aux réunions avec les gens que j’aime. Si la configuration intercontinentale de mon entourage n’est pas de mon ressort, je peux en revanche faire le choix de ne pas ajouter de vols purement touristiques à ceux que je dois inévitablement emprunter de temps à autre pour leur rendre visite, afin de ne pas alourdir encore plus mon bilan carbone. Je suis prête pour cela à limiter mes trajets en avion à la seule fin de retrouver ma famille ou mes proches d’autres pays.
- Me limiter à un vol tous les 2-3 ans en moyenne. Même si bien sûr j’adorerais voir mes proches géographiquement éloignés chaque année, c’est impossible financièrement, et beaucoup trop polluant: il me semble plus raisonnable de prendre l’avion une fois tous les 2-3 ans. Certains membres de la famille ou copains peuvent parfois faire le déplacement vers Amsterdam, ce qui augmente légèrement la fréquence de nos retrouvailles malgré tout !
- Conserver la possibilité d’un beau voyage tous les 10 ans environ, par exemple pour visiter une contrée lointaine inaccessible autrement, dans le cadre d’un périple longuement rêvé et préparé… si le besoin s’en fait ressentir. J’imagine par exemple ce genre de grande occasion pour les anniversaires de dizaine (40 ans, 50 ans…).
- Continuer à soutenir les politiques engagées dans la transition écologique des transports. À titre personnel, je vote depuis des années pour les partis qui font des propositions courageuses pour la transition écologique; limiter le développement du secteur aérien et soutenir les alternatives moins polluantes fait partie à mes yeux des urgences pour l’avenir. Je partage aussi ces opinions sur mes réseaux sociaux, et malgré la violence que j’ai pu subir dans le passé, je continuerai coûte que coûte à le faire – tout comme la diffusion de contenus informatifs autour de l’impact de l’avion, ou de ses alternatives.
Ce n’est pas parfait, loin de là, mais c’est mieux que rien. Bien sûr, ces paramètres seront ajustables différemment selon chacun.e, souvent avec un bien meilleur résultat que le mien: je crois que l’essentiel consiste dans tous les cas à faire du mieux possible selon sa situation – et surtout, se remettre régulièrement en question.
Sans tomber dans la culpabilisation à outrance, qui n’a pas lieu d’être à mon sens pour la majorité de la population, j’invite néanmoins les usagers fréquents de l’avion à cette prise de conscience: nous avons tou.tes un rôle à jouer, et au vu de la part représentée par les transports dans l’empreinte carbone des Français.es, une vraie différence est possible.
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Votre rapport à l’avion a-t-il changé ces dernières années ?
Si non, imaginez-vous le voir évoluer ?
Source des images: pexels.com
54 commentaires
Merci Victoria pour cet article d’une grande honnêteté. Je me retrouve beaucoup dans ton tiraillement entre la conscience écologique et la réalité d’une famille dispersée.
Great post thanks you so much
Bonjour le forum, c’est un cousin qui m’a parlé de Betfun 24 après une soirée entre amis en Tunisie. Il m’a montré les jeux en direct, et j’ai aimé l’ambiance presque réelle des tables. J’ai essayé la roulette avec un petit budget. Après quelques tours sans chance, une mise un peu plus audacieuse est passée et j’ai pu retirer un gain correct. J’apprécie surtout la fluidité sur mobile, je joue souvent depuis mon canapé.