Revue // La Liseuse Électronique

Que se passe-t-il quand une fervente amoureuse des livres papier expérimente la lecture sur liseuse électronique ?

J’aime les livres, j’aime les magazines. J’aime les lire, les tenir entre mes mains, tourner leurs pages, les collectionner. Pourtant, il y a quelques semaines, j’ai décidé de laisser une chance à tous les arguments en faveur de la lecture numérique, tous ces retours enthousiastes que certaines d’entre vous me faisaient depuis longtemps. Je n’étais pas attirée par le concept a priori, mais le côté pratique, minimaliste, d’une bibliothèque virtuelle concentrée en un seul objet, m’intriguait.

J’ai donc profité d’un séjour de mon compagnon aux Etats-Unis pour lui faire ramener une Kindle Paperwhite, un modèle basique mais pas trop, les prix étant un peu plus intéressants là-bas.

Voilà désormais près de six semaines que je teste ma nouvelle acquisition: j’y ai notamment lu la quasi-entièreté de The Woman in White de Wilkie Collins, un roman dense et long qui m’a permis de me faire une bonne idée sur la question, ainsi que 2-3 autres textes courts.

Je viens aujourd’hui vous présenter mon avis global sur la lecture numérique, et sur la lecture sur liseuse en particulier. J’ai divisé clairement mes ressentis entre points positifs et points négatifs. Bien que ceux-ci soient bien sûr assez personnels, j’espère qu’ils sauront vous éclairer sur le sujet si vous êtes en plein questionnement, ou que nous pourrons en discuter ensemble: je suis curieuse d’avoir votre avis !avis-liseuse-vs-livre-papier

J’AIME…

Légèreté et format

Quand on aime lire des gros pavés, des livres grand format, ou que l’on veut emmener plusieurs romans pendant les vacances, la liseuse est incontestablement pratique. J’aime sa légèreté (environ 200g pour la mienne) et surtout sa finesse: elle prend très peu de place dans mes sacs à main, qui sont généralement des petites pochettes assez plates. Je peux donc l’emmener partout avec moi !

Son format offre également un autre avantage: il est beaucoup plus facile ainsi de lire d’une seule main, même si dans mon cas, l’absence de boutons m’oblige quand même à toucher l’écran avec une deuxième main pour tourner les pages (à moins de contorsionner un peu le pouce).

♡ Gratuité des oeuvres classiques

C’est LE gros point fort de la lecture numérique à mon sens: elle offre une accessibilité incroyable à la littérature classique, et plus spécifiquement à toutes les grandes oeuvres qui sont tombées dans le domaine public. Celles-ci peuvent se trouver à des prix imbattables – gratuitement, la plupart du temps, ou autour d’1€ lorsqu’il s’agit d’une édition particulière (avec bonus, ou d’un pays étranger…).

J’ai moi-même rempli ma bibliothèque virtuelle de classiques britanniques, que je suis ravie de pouvoir découvrir par ce biais, sans débourser un centime. S’il avait fallu les acheter ou les trouver quelque part en version originale, je ne me serais certainement pas toujours donné la peine de le faire; mais là, pourquoi bouder cette superbe opportunité culturelle ?

Confort de lecture

Si la lecture sur écran de téléphone ou de tablette est inenvisageable pour moi (beaucoup trop fatigant pour les yeux !), je suis en revanche surprise du confort qu’offre l’écran des liseuses. La technologie est bien sûr tout à fait différente, puisqu’il s’agit d’un affichage « à l’encre », et cela se sent: pas de lumière bleue, pas de reflets même en plein soleil… Les textes affichés sont contrastés, nets, et se lisent très bien même quand l’écran est penché.

La lecture numérique permet également de personnaliser ce confort de lecture en changeant si besoin la police et la taille des caractères, de façon à s’adapter à la vue de tous. Un très bon point !

Rétro-éclairage

La plupart des liseuses offrent un éclairage frontal qui permet d’illuminer l’écran (de façon graduée, selon les besoins) pour lire dans l’obscurité. C’est un autre des points qui font vraiment la différence à mon sens: que ce soit le soir, pour ne pas devoir laisser une lampe allumée et déranger son conjoint, dans n’importe quel endroit un peu sombre, ou quand il y a une panne d’électricité (c’est du vécu !), je trouve cette fonction extrêmement pratique.

Durée de la batterie

On pourrait craindre la dépendance constante au courant électrique, comme c’est le cas avec la plupart des appareils électroniques rechargeables de nos jours. Heureusement, ce n’est pas du tout le cas, du moins pas avec ma Kindle: malgré une utilisation régulière, je n’ai eu à la recharger qu’une fois par mois pour l’instant.avis-liseuse-vs-livre-papier3

J’AIME MOINS…

Immatérialité

Voilà un argument à la fois évident et tout à fait personnel, mais que, je crois, les amoureux des livres peuvent tous comprendre. Malgré ses aspects ultra pratiques, il me manque dans la lecture électronique un composant de matérialité, de présence physique de l’objet-livre, avec tous les gestes et coutumes que cette présence permet.

Beaucoup de choses se perdent avec le virtuel: attendre impatiemment de recevoir ou d’aller acheter un livre qui me fait envie; placer mon marque-page et vérifier mon avancement sur la tranche; chérir un roman qui m’a vraiment plu en le tenant contre mon coeur, en le regardant, en lui donnant une place particulière dans ma bibliothèque; pouvoir l’avoir toujours dans mon environnement familier, comme un souvenir; donner une deuxième vie à un bouquin en le prêtant à une copine ou en le donnant à une oeuvre caritative…

Si certaines lectures, plus anecdotiques, ne justifient pas un tel attachement, il me semble en revanche absolument impossible, inimaginable, de renoncer complètement, ou ne serait-ce qu’en grande partie, à cette relation aux livres-objets.

Réactivité du système

Ce point n’est peut-être pas valable pour l’ensemble des liseuses électroniques – il me semble d’ailleurs que les modèles haut de gamme sont beaucoup moins concernés.

Néanmoins, je trouve globalement le système d’exploitation encore un peu lent, pas très agile: il y a parfois un petit temps de décalage entre le moment où je touche l’écran et l’action désirée, le passage des pages est assez visible également (tout se brouille pendant une demi-seconde avant que la nouvelle page s’affiche), taper des mots dans la barre de recherche demande un peu de dextérité… Bref, cette réactivité moyenne peut s’avérer un peu frustrante quand on n’est pas d’humeur !

Manque de « déconnexion »

L’une des craintes que j’avais vis-à-vis de la lecture sur liseuse s’est en partie confirmée: malgré le confort et la simplicité de ma Kindle, je n’y ressens pas cette impression de déconnexion totale que m’offre l’expérience très intemporelle de la lecture traditionnelle.

Pour moi qui passe déjà mes journées devant un écran, avec des stimuli permanents, lire un roman papier est un véritable échappatoire, un moment d’apaisement, loin de tout élément technologique. L’encre est imprimée, les mots sont scellés, rien ne bouge, rien ne stimule ma vue sinon le texte que je suis en train de découvrir.

Au contraire, même si la liseuse s’en approche, elle reste moins apaisante – surtout si comme moi, vous avez acquis (sans le vouloir) une version contenant des publicités sur l’écran de démarrage*. On parcourt le système, on peut faire des recherches dans la boutique, on se laisse attirer par les suggestions qui nous sont proposées… Bref, à mon sens, les tentations du monde digital ne sont pas très loin, et c’est dommage quand on recherche au contraire une paix absolue !

*Les Kindle existent « avec offres spéciales », c’est-à-dire avec des affichages publicitaires, pour 10€ moins cher, ou « sans offres spéciales ». Je vous conseille de choisir la deuxième option !

Prix des livres numériques

Quand on pense qu’un livre numérique n’est qu’un fichier virtuel sans coût d’impression ni de distribution physique (et qui, en plus, dans le cas des titres Kindle, n’est pas entièrement de notre propriété**), on se rend vite compte que les prix auxquels sont vendus la plupart d’entre eux sont absolument hallucinants.

Je vois très régulièrement des titres proposés en version numérique à un prix plus élevé que la version poche, voire presque aussi cher que la version grand format. Ce n’est pas normal. Dans ces conditions, on comprend que la lecture numérique décolle difficilement en France !

Heureusement, les éditeurs proposent régulièrement des promotions très intéressantes sur certaines sélections de titres: cela permet de craquer plus facilement pour de nouvelles lectures, mais cela ne résout pas le problème des prix élevés quand un livre en particulier nous intéresse.

**Contre cela, il suffit de télécharger plutôt des formats .epub et de les convertir grâce au logiciel gratuit Calibre.

♡ Catalogue de titres disponibles

Si l’offre de titres disponibles en numérique est très vaste, elle est toutefois loin de couvrir la totalité des livres vendus en version papier pour le moment. Je n’ai pourtant pas des goûts extrêmement pointus ou spécifiques, mais il m’est déjà arrivé souvent de ne pas trouver une référence que j’étais pourtant prête à acheter. C’est particulièrement vrai pour les mangas, alors qu’une version numérique serait idéale pour ce type de lectures graphiques en noir et blanc (bonjour le gain d’espace dans la bibliothèque) !

♡ Durabilité

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la lecture numérique n’est pas si écologique, surtout à une époque où la majorité des livres sont imprimés sur du papier issu de forêts gérées durablement, et/ou en partie recyclé. Lire des livres d’occasion me semble a priori beaucoup plus durable.

Comme tout appareil électronique, certains des composants de la liseuse sont très polluants à fabriquer, et très difficiles, voire impossibles, à recycler ou revaloriser, alors que leur durée de vie est de quelques années. En comparaison, les livres sont tout à fait recyclables, même biodégradables, et peuvent de toute façon se conserver pendant des dizaines d’années, voire plus. On pourrait aussi citer la consommation d’électricité générée directement ou indirectement tout au long de la vie de la liseuse, et bien sûr l’utilité très limitée d’un fichier de livre numérique – alors qu’un seul livre physique peut être partagé ou donné des centaines de fois, ce qui rentabilise clairement sa production.

Je suis sûre toutefois que la technologie évoluera vers des composants moins polluants à l’avenir, et des batteries encore plus performantes, qui réduiront l’empreinte environnementale des liseuses. Au moins, acheter des livres en numérique peut potentiellement réduire l’impact du transport, de la distribution, des envois de livre par courrier etc…

***

BILAN

La lecture numérique sur ma Kindle est une découverte très intéressante. Je suis particulièrement satisfaite du confort et de l’aspect pratique de ce système, mais aussi de deux autres points forts qui me convainquent tout à fait: la possibilité de lire des classiques gratuitement, ce qui rend la culture accessible à un plus grand monde, et le rétro-éclairage.

Je ne m’imagine pourtant absolument pas, pour toutes les raisons citées, en faire mon instrument de lecture unique. Je compte privilégier surtout son usage dans quelques situations particulières:

  • Pour lire des classiques gratuits ou peu chers,
  • Pour lire des romans plus anecdotiques, qui m’intriguent sans être une priorité, ou pour lesquels j’aurai craqué à l’occasion d’une offre promotionnelle,
  • Pour les moments où je manque d’espace dans ma bibliothèque (entre deux périodes de tri !),
  • Pour les périodes de déplacements et voyages.

Et vous, quel est votre avis sur la lecture numérique ?
Êtes vous adeptes convaincu(e)s, utilisateurs occasionnels, ou pro-papier absolus ?

83 commentaires

  1. Bonjour ! Je commente rarement, voire jamais, mais je me lance.
    J’aime trop les livres, les vrais, pour passer à une liseuse électronique. J’ai besoin de les tenir en main pour me les approprier véritablement. J’emprunte à la bibliothèque quasiment tous les livres que je lis et c’est comme un petit rituel que je veux absolument garder. Et puis j’ai l’impression de résister un peu à l’ère du tout numérique… :)

  2. Bonjour Victoria,
    Adepte depuis quelques temps maintenant, j’ajouterais, en points positifs :
    – Praticité dans les transports en commun & en voyage
    – Dictionnaire intégré super utile et si facile à utiliser qu’on aurait bien tort de s’en priver

    En fait, je suis toujours autant consommatrice de livres papier, cela n’a rien changé à ma consommation.

  3. J’ai tenté le kindle via la tablette, et la luminosité est un sérieux handicap. Mon mari est concrètement le seul utilisateur et encore pas assidu. Il y trouve un intérêt car ce sont des livres « techniques » qu’il lit, pas des romans donc pouvoir souligner avoir accès tout de suite à la définition exacte, une référence etc ça lui change la vie.
    Le seul attrait serait effectivement de partir en voyage, et encore pas juste une semaine ! Ou d’avoir une vie vraiment nomade ce qui n’est pas mon cas, utiliser les transports en commun sur une durée assez longue… Bref, ce n’est pas moi !
    En revanche je suis d’accord avec ta remarque sur les mangas ! Ça occupe beaucoup d’espace !
    Le point positif, c’est effectivement tout ce qui disponible en gratuit, relire les classiques à moindre coût c’est sympa. Mais sur ce seul critère… la médiathèque de ma commune pour cela est imbattable : gratuite, et assez fournie pour que je n’ai pas encore eu le temps d’en faire le tour !
    (d’ailleurs elle propose une liseuse en prêt : si j’essaye et change d’avis je reviendrai te le dire)

  4. Salut Victoria,

    Pour ma part j’ai une Kobo depuis bientôt un an. J’ai eu beaucoup de mal à m’y mettre mais comme je suis partie en voyage pour un an avec juste un sac à dos, je n’ai pas trop eu le choix ! Au moins j’ai toujours quelque chose à lire mais c’est vrai que le papier me manque. D’ailleurs, les livres que j’ai vraiment envie de lire, je vais attendre mon retour pour me les acheter en format papier !
    Et je te rejoins sur le système qui est encore un peu lent, à mon grand désespoir !

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