5+ beaux livres de photographie qui m’inspirent

Si j’ai toujours eu une sensibilité particulière à cet art, il aura fallu attendre la fin 2019 – et ma propre reconnexion à une forme plus consciente de prise d’images grâce à l’argentique – pour que je m’intéresse particulièrement aux livres photos.

Au fil des mois (et des grandes occasions, ces ouvrages étant généralement assez onéreux !), quelques titres ont rejoint la bibliothèque du salon. Certains d’entre eux, parce qu’ils me parlaient tout particulièrement, se sont immédiatement fait une place dans mon coeur, au point d’influencer mon regard et inspirer de nombreux projets, toujours présents dans un coin de ma tête lorsque je sors mon appareil.

Bien que ce sujet, j’en suis consciente, n’intéressera pas tout le monde, j’avais malgré tout envie aujourd’hui de partager avec vous cinq références (et un bonus !) que j’aime feuilleter et re-feuilleter à loisir pour la beauté, la douceur et l’inspiration qu’ils m’apportent.

En cette période difficile où il n’est pas toujours évident de se changer les idées, je trouve que l’évasion dans un livre de belles images vaut tous les voyages du monde – et rien que pour cela, je crois que ces idées méritaient d’être partagées.

Notez que je ne suis pas une grande spécialiste ni une grande collectionneuse, et ces livres sont pour la plupart très connus. Avec un peu de chance néanmoins, j’espère que quelques personnes parmi vous y trouveront à leur tour une belle dose d’inspiration !

LIFE IN PHOTOGRAPHS
Linda McCartney

Fascinée depuis l’adolescence par l’aura de Linda McCartney (je l’ai toujours trouvée magnifique et pleine de douceur), c’est seulement l’année dernière que j’ai commencé à explorer son oeuvre plus en profondeur, et que je suis tombée amoureuse de son regard. Elle est l’une de mes plus grandes inspirations à tous points de vue !

On pense souvent à elle en tant qu’épouse de Paul McCartney, bien sûr – mais elle était aussi, déjà avant de le rencontrer, une photographe aussi douée que créative. Dans ce livre, on découvre l’étendue et la diversité de son talent: après une partie dédiée à ses excellents portraits d’artistes et photos de concerts (elle fut la première femme photographe à faire la couverture du magazine Rolling Stone avec un portrait d’Eric Clapton), ce sont des tranches de vie qui dominent, entre photos de famille, souvenirs de voyages et clichés de la campagne écossaise, où le couple possédait une maison.

Empreintes de tendresse et d’humour, ces images sont profondément avant-gardistes: dans les années 60 et 70, alors qu’on réservait la photo aux grandes occasions et aux sujets “nobles”, peu de gens photographiaient la banalité du quotidien. Personne, sans doute, ne le faisait aussi bien que Linda, dont les compositions étaient toujours naturellement réussies (pratiquement aucune image n’a été recadrée).

Le résultat est authentique, émouvant, nostalgique, et d’une douceur enveloppante. Le regard poétique et malicieux de la photographe donne envie de croquer la vie et de voir la beauté partout; il nous transmet aussi avec pureté l’amour qu’elle portait à ses enfants, son mari, et les animaux dont elle s’entourait. Une vraie bouffée de simplicité joyeuse !

MODERN COLOR
Fred Herzog

Si comme moi vous aimez la couleur et les ambiances vintage, ce splendide livre est un must !

Citoyen allemand immigré à Vancouver en 1953, Fred Herzog est devenu à 76 ans une légende, grâce à la découverte tardive de l’immense oeuvre de sa vie: des milliers de clichés pris dans les rues de sa ville d’adoption – et ailleurs – à ses heures perdues, capturant avec brio l’âme et l’histoire de la métropole canadienne. Surtout, Herzog était un véritable pionnier dans le monde de la photographie: à une époque où les structures institutionnelles de l’art n’avaient d’yeux que pour les clichés en noir et blanc, considérés plus nobles, il travaillait principalement avec du Kodachrome, préfigurant la vague de la « nouvelle photographie » en couleur des années 70 aux Etats-Unis (William Eggleston, Stephen Shore, Joel Meyerowitz…).

Et quelle sensibilité aux tonalités qui l’entouraient ! Modern Color est un régal pour les yeux, autant pour son esthétique très 50’s et 60’s (une période faste pour Vancouver dont les rues commerçantes étaient pleines de vie et d’enseignes lumineuses), que pour les scènes d’humanité très variées et toujours empreintes d’une certaine émotion qu’il capture avec talent, ses belles compositions, et, justement, sa capacité à jouer de la lumière et des couleurs.

Parce que le monde qu’il documente est aujourd’hui disparu, son travail est un voyage très nostalgique, mais aussi profondément inspirant lorsque l’on est soi-même créateur/rice d’images – et tout simplement magnifique à regarder.

STREET PHOTOGRAPHER
Vivian Maier

On ne présente plus Vivian Maier (1926-2009), la nounou photographe solitaire qui, toute sa vie, a pris des dizaines de milliers de clichés sans jamais les montrer – ni même, pour une bonne quantité d’entre eux, les faire développer. Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous recommande mille fois le documentaire À la recherche de Vivian Maier, qui raconte toute l’histoire de cette femme énigmatique et de la découverte extraordinaire de son oeuvre, par hasard, dans un box de stockage impayé.

Ce livre est l’un des 4 ou 5 ouvrages d’anthologie qui présentent ses photos, et comme son nom l’indique, il se centre sur la photographie de rue – sujet de prédilection de l’artiste – avec une centaine d’images moyen format en noir et blanc, datant du milieu du siècle.

Superbement imprimées sur chaque page, les photos sélectionnées sont à couper le souffle par leur réussite technique (parfaites compositions, etc…) comme par l’émotion qui s’en dégage, et le commentaire social que l’on y devine. Vivian Maier avait une sensibilité particulière à la solitude, à la misère humaine, et un don pour capter (sans gêne aucune) les scènes cocasses dont elle était témoin auprès de parfaits inconnus. Le résultat sont ces portraits pris sur le vif aux regards spontanés, ces images à la fois dures et sublimes de ceux que personne ne regarde, et des moments curieux, parfois drôles ou tendres, qu’elle a su capturer avec agilité, oscillant entre distance observatrice et rapprochement audacieux.

Un tout petit échantillon de l’oeuvre de Maier, mais une parfaite représentation de son immense talent !

SELF-PORTRAITS
Vivian Maier

Si le livre précédent, centré sur la photographie de rue, est le plus impressionnant de mes deux ouvrages sur Vivian Maier, celui-ci est sans conteste le plus cher à mon coeur pour son côté très intimiste et foncièrement touchant.

On retrouve ici une sélection très variée d’un autre sujet très présent dans l’oeuvre de la photographe: les autoportraits.

Il faut sans doute connaître le contexte de la vie de Vivian Maier pour comprendre tout le poids de ces photos, son besoin de capturer son image au sein des lieux qu’elle fréquente. Très secrète, de plus en plus recluse avec l’âge et manifestement atteinte de maladie mentale, la fameuse nourrice semble avoir vécu dans une forme de peur de l’autre qui l’a isolée, au point de finir sa vie dans la solitude la plus complète. Parce qu’ils captent sa présence physique (un reflet, une ombre…), ces autoportraits marquent sa réalité – à défaut d’avoir d’autres humains pour miroirs – et la placent en contexte, toujours un peu à l’écart, dans un monde auquel elle ne semble jamais vraiment appartenir.

C’est bien simple: cette collection de photos n’est peut-être pas la plus extraordinaire, mais par sa poésie, ses non-dits et ses petites bizarreries – et sans doute parce que je ne comprends que trop bien ce sentiment d’être différente – elle a touché mon âme, et m’inspire profondément au quotidien.

GLASGOW
Raymond Depardon

Plutôt reconnu à l’époque pour ses photos de l’Afrique et ses reportages de guerre, Raymond Depardon, fraîchement arrivé dans l’agence Magnum, est envoyé à Glasgow en 1980 par le Sunday Times pour photographier les contrastes sociaux de la ville, à la manière du photojournalisme de l’époque. Finalement, ses clichés ne seront jamais publiés dans le magazine, et tomberont dans l’oubli jusqu’à une exposition rétrospective au Grand Palais en 2013, suivie de la publication de ce livre dédié en 2016.

Outre le nom légendaire de Depardon, c’est bien sûr mon amour pour la ville de Glasgow qui attiré mon attention sur cette collection photo très puissante. Si elle n’a sans doute pas répondu à l’attente du Sunday Times – faute de contrastes surtout, mais aussi parce que la plupart des photos sont des scènes très naturelles, presque banales – son atmosphère nous plonge immédiatement dans un autre monde. La luminosité très froide et basse de la région, la décrépitude des quartiers pauvres dans lesquels évoluent des personnages hauts en couleur, mais aussi la perspective exagérée de ces prises de vue à l’objectif 28mm créent l’impression d’une ville d’errance aux murs infinis qui voit mourir toute une époque.

C’est gris, un peu dur parfois, et pourtant s’en dégage une beauté qui a trait, je crois, à l’humanité de ses habitants, leur lumière et leur dignité dans toute cette noirceur. Une certaine intemporalité, aussi: on est en 1980, mais l’on pourrait se croire des années plus tôt.

Une vision fascinante de ma ville de coeur telle qu’elle n’existe plus aujourd’hui !

BILLIE
Ofer Wolberger

J’ai hésité à vous présenter ce petit livret, déjà assez confidentiel à l’origine dans sa distribution, mais qui en plus m’a l’air d’être désormais épuisé partout. Toutefois, il a été un tel coup de coeur pour moi que je voulais au moins l’inclure comme un petit bonus en plus des cinq titres précédents !

Composé de près de 200 photos argentiques groupées en séquences, l’entièreté de cet ouvrage énigmatique est dédié à la sublime Billie, l’épouse (française !) du photographe new-yorkais Ofer Wolberger – dont le nom n’apparaît à aucun moment dans les pages ni sur la couverture, comme pour laisser toute sa place au sujet.

Véritable exploration de la notion d’identité, cette collection d’images en couleur ou noir et blanc montre Billie en intérieur, en extérieur, de près, de loin, les cheveux longs, les cheveux courts, les yeux fermés, les yeux ouverts, au soleil, sous la pluie – bref, dans toutes sortes de situations, faisant émaner son essence au coeur de la multiplicité. Les photos sont incroyablement poétiques, douces, presque hors du temps, et leur répétition en séquences apporte une sensation cinématographique à l’ensemble, qui transcende l’aspect figé du format photo: la femme bouge et prend vie sous nos yeux.

On ressent dans ces pages tout l’amour et la fascination de Wolberger pour celle qui partage sa vie. À travers elle, son hommage à la nature insaisissable et complexe de tout être humain est profondément émouvant et inspirant. Comment capturer ce qu’est une personne ? La réponse donnée par Billie m’a touchée au coeur.

***

Connaissiez-vous l’un de ces livres ?
Quels sont vos livres de photographie préférés ?

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21 commentaires

  1. Nous avons déjà Street Photographer (je t’avais d’ailleurs dit il y a quelques mois que tes photos me faisaient penser à Vivian Mayer ;-) ) et Modern color à la maison. Nous venons de faire une nouvelle acquisition : Early Color de Saul Leiter qui, si je ne dis pas de bêtises, a été l’un des premiers à passer à la couleur. Nous l’avons trouvé d’occasion en parfait état ! Belle journée à toi Victoria.

    • Oh oui Saul Leiter est une légende du genre ! Excellent ! Je me souviens de ta remarque sur Vivian Maier, c’est un honneur pour moi que l’on voie cette inspiration dans mes photos :)

  2. Merci pour ce partage, je me suis mise à la photographie récemment et ces livres ont l’air d’être de superbes sources d’inspiration !

  3. Ohlala merci Victoria! Je m’intéresse à la photo depuis peu et je te remercie pour tes partages. Mon dernier coup de coeur va à Eric Van Nynatten.
    Le seul ouvrage que je possède: The road not taken de Arnaud Montagard.
    Passe de belles fêtes <3
    Delphine

    • Oh je t’envie Delphine !! J’adore j’adore le travail d’Arnaud Montagard :) (et évidemment je ne peux que plussoir ton coup de coeur pour Eric Van Nynatten hehe !)

      Belles fêtes <3

    • Oh la la super !! Il y en avait une à Amsterdam cette année, correspondant plus ou moins au livre Work in Color, et j’ai eu la chance de la visiter ! Petite, mais une vraie merveille.

  4. De mon côté, je rêve d’un livre de Alain Laboile : il photographie l’enfance, libre et sauvage. Ses photos sont intemporelles et pleines de vies, j’adore complètement !

  5. Bonjour Victoria, merci pour ces belles découvertes.
    Tu aimeras peut-être les photographes Tony-Ray Jones et Martin Parr, pour leur côté vintage et « street photo ». Je les ai découverts lors d’une expo photo a Londres et leurs photos étaient très chouettes.
    Sinon pour le coté poétique, les photographes Olivia Bee et Seb Zanella font des photos intéressantes aussi.

    Bonnes fêtes de fin d’année!

  6. Super sélection 😻
    J’en rajoute sur ma liste d’anniversaire, c’est une super idée en plus! Moi qui ne sais jamais quoi demander!

    Dans un style moins « propre », j’adore les bouquins de Ed Templeton.
    La j’attend le dernier Jason Lee qui a l’air magnifique aussi.

    J’ai adoré un petit bouquin sur les photos de Ryan Tatar aussi. Ambiance plage, surf et low-fi

    • Bonjour Victoria.
      Je n’ai rien de particulièrement pertinent à partager concernant la photographie mais je voulais te remercier de nous faire découvrir avec tendresse, poésie et beaucoup d’intelligence des sujets aussi variés. Je n’y connais pas grand chose en photographie donc :) mais j’ai adoré cette lecture, comme c’est très souvent le cas sur ton blog.

  7. Coucou,
    Je suis archi fan du travail onirique de William Wegman qui photographie ses chiens dans des conditions rocambolesques. On trouve peu de livres le concernant en France (j’avais trouvé mon bonheur de passage à Beaubourg).
    bises et bonnes fêtes

  8. Merci pour cet article qui m’intéresse au plus haut point. Les livres de photographies (de photographes) m’ont toujours fascinée. Je suis capable de rester en contemplation devant une photo et de partir très loin, en essayant d’imaginer le contexte, l’ambiance, l’époque, l’humeur de cette photo. J’aime beaucoup Nan Goldin, photographe américaine des années 80, dont l’univers me parle particulièrement. Je suis très tentée de me procurer le livre de Fred Herzog, Vancouver est une ville qui me fascine, et que j’aime énormément… Et je partage bien sur ton choix des autres ouvrages. Encore merci pour ce contenu de grande qualité qui fait tellement de bien en ces temps troublés.
    Longue vie à ton blog.

  9. Merci pour cette jolie sélection, je viens de trouver le cadeau d’anniversaire idéal pour une photographe amatrice de mon entourage : le livre Street Photographer de Vivian Maier.

  10. Ouh là là ma liste s’est allongée vitesse grand V !

    De mon côté j’ai reçu « Histoire mondiale des femmes photographes » pour Noël. Ça a l’air d’être une petite pépite, tant sur le plan historique que pour les inspirations 🥰

  11. Merci pour tes recommandations ! Pour moi qui aime beaucoup ton style de photos, et qui expérimente un peu de mon côté, je suis ravie de voir quels livres t’inspirent ! J’aime beaucoup Street Photographer et Modern Color

  12. J’aime beaucoup Vivian Maier également et j’ai adoré la découvrir grâce à la plume de Gaëlle Josse dans son roman « une femme en contre jour ». J’ai eu l’impression d’approcher (un peu) le mystère de la photographe et sa vie chaotique.

  13. Merci pour cette sélection ! Instagram nous permet de nous inspirer tous les jours, mais j’adore revenir sur des travaux plus vintages, le regard de photographes d’une autre époque avec souvent de belles compositions !

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