Débuter en photographie argentique: mes conseils pratiques

Depuis que j’ai renoué avec la photographie argentique et que je partage mes clichés avec vous (merci d’ailleurs de tout coeur pour votre intérêt !), je reçois de nombreuses questions similaires sur ce format et sa mise en oeuvre. Quel appareil choisir pour débuter ? Où faire développer ses pellicules ? Comment les numériser ?

À l’heure où l’immense majorité de la population n’a plus touché de film depuis 15-20 ans, et les plus jeunes n’ont rien connu d’autre que le numérique, la photographie argentique interroge autant qu’elle fascine pour son caractère plus tactile, et son charme si particulier – mais il est vrai qu’elle demande quelques connaissances de base pour se lancer en toute connaissance de cause.

Aujourd’hui, comme promis, je viens partager avec vous ce que je considère comme le B.A.-BA de cette technique – toutes les informations utiles à connaître lorsque l’on souhaite tenter l’aventure. Étant bien davantage amatrice qu’experte, je ne prétendrai pas à l’exhaustivité, mais bien à un partage d’expérience, en espérant que cela vous soit utile malgré tout !

Notez que je me centrerai uniquement ici sur la photographie sur pellicule 35mm classique: il existe aussi des pellicules moyen format (120 par exemple), et si les mêmes principes s’y appliquent, j’ai moins d’expérience donc moins de légitimité à en parler pour le moment.

C’est parti !

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CHOIX DE L’APPAREIL

Il existe différents types d’appareils photo argentiques, du plus simple au plus manuel: les jetables, les compacts (souvent de type tout automatique « point and shoot »), les reflex et les télémétriques (de type Leica). Chacun a ses avantages et ses usages, mais leur prix va généralement en ordre croissant. Notez que les jetables mis à part, ces appareils se trouvent en état d’occasion, en seconde main, puisqu’ils ne sont plus fabriqués à l’heure actuelle.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas du tout nécessaire d’investir beaucoup d’argent pour commencer: avec un peu de chance, 10 ou 20€ peuvent parfois suffire ! Le jetable bien sûr est une option bon marché, et il peut constituer une première expérience amusante – mais outre son aspect peu écologique, il n’est pas un choix pertinent lorsque l’on souhaite faire des photos régulièrement: autant lui préférer un véritable appareil, même basique, qu’il ne faudra pas racheter à chaque fois, et que l’on pourra éventuellement revendre.

Alternativement, on trouve des appareils compacts « grand public » à des prix très raisonnables, voire pour quelques euros seulement en vide-grenier ou chez Emmaüs; ils font également une bonne porte d’entrée pour voir si l’on aime ce format.

Personnellement, je trouve qu’il est intéressant, si le budget est un peu plus extensible, de choisir dès le départ un appareil compact dont l’objectif est réputé de bonne qualité, afin d’obtenir un résultat satisfaisant en termes de précision d’image, et donc de faire un achat plus durable.

En ce sens, je peux vous conseiller par exemple la gamme des Minolta Hi-Matic G ou F, qui font de jolies images malgré leur gabarit mini, et offrent la satisfaction de quelques aspects manuels comme la mise au point (avec un système de zones) et l’avancement de la pellicule. Dans le même genre, l’Olympus Trip 35 est assez réputé également.

Dans un style plus moderne, j’aime aussi beaucoup la gamme des Olympus Mju-II, même si malheureusement leurs prix ont grimpé de façon irraisonnée sur internet, et celle des Nikon L35AF; si vous les trouvez en brocante à un prix raisonnable, foncez. Notez néanmoins que ces deux-là sont assez bruyants car tout automatiques: le film avance avec un petit moteur après chaque prise.

Ces types d’appareils « point and shoot » sont toujours très pratiques pour leur rapidité d’usage et leur transport facile, mais si vous êtes déjà amateurs/rices de photo, ou si vous le devenez, ils ne seront sans doute pas suffisants pour exprimer votre créativité et maîtriser davantage la prise de vue.

Dans ce cas, le réflex avec mode P (program) constitue un parfait compromis pour un budget encore raisonnable (par exemple le fameux Canon AE-1, qui est très chouette même pour les débutants). Tout en offrant la facilité d’un programme automatique, il permet de tester différents objectifs, de faire sa propre mise au point, et de déterminer soi-même l’exposition (en s’aidant d’un posemètre, par exemple via une application mobile comme Light Meter, ou avec la technique Sunny 16 que j’applique personnellement).

Où trouver un appareil argentique ? Dans des magasins spécialisés, via des petites annonces de particuliers comme Le Bon Coin, sur eBay, sur BuyMoreFilm.com, chez LOAF Cameras, ou encore en brocante ou marché aux puces. Comparez bien les prix pour éviter de surpayer (la patience est souvent de mise pour tomber sur des bonnes affaires), vérifiez les avis clients, et faites attention à bien vous renseigner sur l’état de l’appareil avant tout achat.

À titre d’exemple, j’ai trouvé sur eBay mon Mju-II Zoom 80 avec un petit défaut pour 50€, et mon Minolta Hi-Matic G pour 38€.

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CHOIX DE LA PELLICULE

Là aussi, le choix est vaste: il existe des pellicules 35mm de différents fabricants, différentes gammes et différents ISO. Je ne parlerai ici que des pellicules négatives, qui sont les plus courantes.

Du côté des ISO, pour commencer, le plus simple est de choisir du 400: c’est une sensibilité moyenne, adaptée à la plupart des luminosités diurnes tout au long de l’année, de l’intérieur éclairé à la journée de grand soleil, en passant par la grisaille automnale. En été, vous pouvez descendre à un ISO 200 sans problème. Si vous préférez spécifiquement les photos en luminosité faible, mieux vaut se tourner plutôt vers le 800, voire plus – mais notez que plus on monte en ISO, plus il y a de grain.

Si chaque marque propose différents types de pellicules, celles-ci ont souvent un rendu global qui leur est propre: en couleurs, typiquement, Fujifilm tend vers des tons plus bleutés et rosés, tandis que Kodak est connu pour ses tonalités plus chaudes. En noir et blanc, Ilford offre un très fort contraste, avec des noirs très marqués, tandis que Kodak a un rendu plus doux.

Différentes qualités existent aussi, avec notamment un impact sur la finesse du grain: plus celui-ci est petit, plus le rendu est nuancé et délicat. Les films de qualité professionnelle sont ainsi nettement plus chers: comptez jusqu’à 14-15€ par pellicule contre environ 7-9€ pour une pellicule grand public.

Lorsque l’on débute, il est intéressant à mon sens de tester différentes références pour découvrir ce qui nous plaît – les références les plus onéreuses n’étant pas les seules à donner de beaux résultats !

Si j’aime par exemple le réputé Kodak Portra 400 pour ses tons subtils, naturels et pas trop saturés, mon coup de coeur personnel revient pour l’instant à la douceur chaleureuse du Kodak Gold. Je peux aussi vous recommander le Kodak UltraMax, qui met bien en valeur les tons verts (pas mal pour les paysages !). Enfin, en noir et blanc, mon chouchou est le Kodak 400TX.

☞ Où trouver des pellicules argentiques ? Chez votre photographe, sur des sites internet spécialisés (Négatif+, Nation Photo, Retrocamera.be…), ou éventuellement sur eBay, on l’on peut trouver à prix attractifs des lots de films expirés – avec le risque d’un rendu un peu différent (couleurs étranges, moindre contraste…), surtout si les pellicules n’ont pas été conservées au frais.

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DÉVELOPPEMENT ET NUMÉRISATION

Que faire avec sa pellicule lorsqu’on l’a terminée et rembobinée ? Le plus sûr est de l’apporter à un laboratoire photo: beaucoup d’entre eux développent encore les pellicules argentiques. N’hésitez pas à vous renseigner sur l’existence d’un labo spécialisé dans votre région, et à en tester plusieurs le cas échéant: selon le prestataire et sa maîtrise technique, le résultat peut varier un peu en qualité.

Quand vous déposez votre pellicule, plusieurs choix s’offrent à vous: développement seul, développement et scan (parfois avec différentes résolutions possibles), ou développement et tirage.

L’impression des photos sur papier n’étant pas toujours nécessaire, pour commencer, je vous conseille l’option développement et scan: une fois les négatifs obtenus, le labo va les scanner avec un appareil spécial et ainsi obtenir une version numérique de vos photos, qu’il vous transmettra en les gravant sur un CD ou via WeTransfer. Vous pourrez ainsi les partager en ligne comme bon vous semble. Si par la suite vous avez envie d’imprimer certaines de ces photos, vous pourrez toujours demander un tirage à partir de vos négatifs – ce qui offre une meilleure qualité qu’en imprimant juste le fichier scanné.

Avec le développement seul, vous obtenez seulement les négatifs et il vous incombe de les scanner vous-mêmes. Cela demande de s’équiper d’un scanner à plat spécifique pour la photo (le mien est le Epson V550), dont le coût est assez élevé selon le modèle: comptez 250-300€ pour un exemplaire neuf, un peu moins pour de l’occasion. Toutefois, cette somme est largement amortie après un temps si vous avez régulièrement des pellicules à numériser, puisque le scan par un labo est souvent assez cher: ici à Amsterdam je paye 4,5€ par pellicule pour le développement seul, tandis que le développement+scan coûte entre 15 et 20€ par pellicule pour une bonne résolution d’image ! L’investissement n’est pas intéressant tant que l’on n’est pas sûr.e d’adopter ce hobby, mais dans le cas contraire, c’est certainement l’option la moins onéreuse sur le long cours.

Notez qu’il est possible de développer soi-même ses pellicules à la maison, si l’on a la place d’installer un labo photo dans une pièce totalement obscure. Cependant, cela demande un peu de matériel et surtout de manipuler des produits toxiques, ce qui ne me tente pas trop: malheureusement, la photographie argentique n’est pas écologique.

Selon le service demandé, le volume de travail du labo et leur fonctionnement, l’attente pour obtenir vos photos peut durer entre quelques heures seulement et quelques jours.conseils-debuter-photo-argentique5

RESSOURCES UTILES

La communauté fédérée par la photographie argentique est très active sur la toile, surtout depuis que la nouvelle génération (18-25 ans) a réinvesti ce format, donc les ressources pour s’informer et s’inspirer sont nombreuses. Il me serait impossible de les citer toutes, mais voici déjà quelques liens utiles:

  • Les chaînes Youtube de ioegreer, Willem Verbeeck, Matt Day, KingJvpes, Negative Feedback ou encore Corey Wolfenbarger, pour des revues d’appareils et de pellicules (en anglais), mais aussi des balades photos qui donnent envie de sortir capturer ce que l’on a autour de soi. (Malheureusement, comme vous le constaterez, il n’y a pas une seule femme parmi les youtubeurs célèbres de ce milieu, qui reste extrêmement masculin – peut-être à cause de son côté technique…)
  • Le site de Lomography, et plus particulièrement les galeries photos qui permettent de voir le rendu d’un appareil ou d’une pellicule spécifique – par exemple ici des photos réalisées avec l’Olympus Mju-II ou ici des photos prises avec du Kodak Gold 200. Si vous cherchez des exemples avant un achat, tapez dans google « [nom de l’appareil ou de la pellicule] + lomography » et vous devriez tomber sur la page adéquate.
  • Les hashtags Instagram comme #35mm ou #filmisnotdead, qui permettent de faire le plein d’inspiration (il y a vraiment des choses d’une beauté inouïe !), et bien sûr tous les hashtags liés à un appareil ou une pellicule spécifique (par exemple #kodakportra400) pour voir des exemples de rendus. Il y a énormément de jolis comptes à découvrir par ce biais !
  • Le site 35mm compact, en français, qui répertorie des descriptions de nombreux appareils argentiques (séparés par genre: compact, reflex, télémétrique…). Une source très intéressante à consulter quand on recherche des infos sur un modèle en particulier !
  • Le blog Argentique Gal qui propose pas mal de conseils pratiques et d’avis produits en anglais – mais Manon étant Française, vous pouvez échanger avec elle dans la langue de Molière si besoin !

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Avez-vous d’autres conseils à partager sur ce sujet ?
Quel appareil ou pellicule recommanderiez-vous aux débutant.es ?
Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas !

À (re)découvrir:
Ma rubrique photo « Analog Diaries »
Mon compte Instagram @monoeilargentique

11 commentaires

  1. Super article, merci Victoria ! Je suis d’accord avec toi concernant le Mjuu-II, c’est un chouette appareil pour se mettre à l’argentique et produisant des photos d’une qualité assez impressionnante pour un compact. J’aime bien l’avoir toujours dans mon sac, pour des photos sur le vif quand je n’ai pas mon reflex argentique sur moi. En termes de pellicules, j’aime beaucoup celles de chez Lomography (pellicule couleur) et aussi leurs dernières pellicules en noir et blanc qui donnent un rendu très cinématique (Berlin Kino notamment). Hâte de découvrir tes prochains clichés.

    • Coucou Alexandra !

      Merci tout plein ! Oh justement je viens (enfin !!) de mettre la main sur du Lomo 400 que je compte essayer dans les prochains jours, je crois aussi que ça va beaucoup me plaire. Affaire à suivre ! :)

  2. Merci Victoria pour cet article :) il y a quelques années j’avais une passion folle pour l’argentique, puis en déménageant j’avais un peu remisé mon matériel au placard … je l’ai ressorti récemment en partie grâce à tes articles qui m’ont vraiment donné envie de m’y remettre ! Je redécouvre avec plaisir mes appareils photos, j’ai quelques modèles « sérieux » (un Canon et un Olympus), et d’autres beaucoup moins comme un Fisheye baby, un Diana mini et un Fujifilm instax mini (je les utilise peu car malheureusement les pellicules adéquates sont très onéreuses). Je pars en Bretagne pour les vacances et ton articles tombe à pic, merci pour ces conseils. Je pense, à terme, investir également dans un scanner. Affaire à suivre ;)

  3. Bonjour Victoria,
    Merci pour ton article. Tes photos sont magnifiques, ça me remotive à sortir le Pentax MG que j’ai gentillement subtilisé à mon père il y a quelques années.
    Malheureusement là où j’habite, faire développer une pellicule est cher et long ! Car il reste que très très peu de labo et que la plupart des photographes envoient les pellicules chez Kodak qui développe à la chaine et souvent je me retrouve avec des photos flous et coupé de mon cadrage original, car ils ne reréglent pas pour chaque films. J’avoue que ça me freine à continuer et même à investir dans un autre appareil, car celui de mon papa à des soucis liés à son grand âge.
    Bref tu as de la chance d’avoir un labo pas loin :)
    Merci pour tous tes conseils,
    Cyrielle

  4. Il y a un temps, je prenais beaucoup de photos avec un petit compact Yashica T5 retrouvé dans le grenier de mes parents. J’adorais le rendu, presque toujours avec des films Fujifilm. Malheureusement l’appareil, qui présentait déjà des fuites de lumière, n’est je pense plus en assez bon état pour que je m’en serve et la dernière pellicule développée était (très) décevante. J’ai donc arrêté de m’en servir… Peut-être un jour oserai-je m’approprier le réflexe Olympus que mon papi m’avait offert !
    Je me pose des questions quant à l’influence qu’a le labo/la personne qui développe les films sur le rendu final. Je n’ai jamais réussi à faire pleinement confiance car je me suis retrouvée avec des différences notables en termes de qualité et de couleurs surtout, d’une fois sur l’autre. Peut-être était-ce lié au fait que je demandais systématiquement un tirage papier… Mais je me suis déjà retrouvée à devoir faire retirer plusieurs fois mes clichés à partir du négatif pour avoir le rendu souhaité, que j’avais pourtant déjà obtenu une première fois. Peut-on avoir ce type de désagrément avec les scans aussi ? À quel moment les couleurs et contrastes se décident-ils : est-ce seulement au moment du tirage papier ou bien est-ce dès le développement de la pellicule ?
    En tout cas, merci beaucoup pour cet article ♡

  5. Génial cet article ! Très complet et intéressant, ça donne envie de s’y mettre. Merci beaucoup Victoria !

  6. Wow, l’article juste parfait. Je viens de revendre des argentiques qui nécessitaient des réparations et que je laissais donc dormir… Et je vais repartir sur une base simple, je pense donc suivre ton conseil pour un Minolta.
    Merci pour la qualité de cet article (et tout les autres), ton univers sait toujours me séduire année après année, même si je suis discrète (bouuuh).

    Send you lot of good vibes!

  7. Merci Victoria pour ce super article. Grâce à toi et à la clarté de tes explications, je me suis lancée et j’ai acheté un Olympus Trip 35. Hâte de le tester en utilisant toutes les chouettes ressources que tu nous donnes.
    Je t’envoie du soleil depuis Berlin (qui sera un super terrain de jeu) !

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