Mieux consommer les films, séries & vidéos

Nous sommes la génération Netflix, streaming et Youtube. Le nombre de séries télé à voir chaque année explose tous les records, et nous avons maintenant, plus que jamais, accès à des centaines voire des milliers de contenus audiovisuels sans bouger de notre canapé. De quoi remplir bien des heures libres et devenir complètement addict !

Après avoir goûté moi aussi à cette folie du petit écran (de télé ou d’ordinateur), j’ai réalisé il y a quelques années à quel point tous ces contenus m’envahissaient, émotionnellement et chronologiquement, sans en valoir toujours la peine.

En mûrissant et en apprenant à mieux me connaître, j’ai donc naturellement tendu vers une hygiène de consommation audiovisuelle beaucoup plus raisonnée, qui m’amène à faire des choix actifs, parfois même assez drastiques, pour préserver mon bien-être.

Ma démarche n’est pas toujours comprise tant elle semble me faire perdre d’opportunités, mais pour moi, elle a largement amélioré le quotidien: j’ai pu retrouver du temps pour d’autres choses, comme la lecture, mais aussi simplement mieux profiter, plus consciemment, de ce que je regarde.

Voilà des mois que je voulais aborder ce sujet avec vous, sans vraiment réussir à formuler mes intuitions de manière suffisamment claire; il m’aura fallu cet épisode passionnant du podcast The Simple Show, pour trouver un écho à mes pensées et réussir à les exprimer. Je vous le conseille à nouveau chaleureusement en complément de cet article !

Aujourd’hui, je viens donc vous expliquer ce qui a engendré ma prise de conscience, et présenter brièvement les principes que j’applique pour faire mes choix – décider, ou non, de regarder quelque chose. Si ce témoignage m’est entièrement personnel et n’a aucune vocation de modèle, j’espère toutefois qu’il résonnera chez certain-e-s d’entre vous, et pourra vous inspirer une réflexion constructive !mieux-consommer-films-series

MA PRISE DE CONSCIENCE

Ma première constatation dans ce domaine date déjà d’il y a quelques années. Tout a en effet commencé lorsque j’ai réalisé, en découvrant des séries dont j’entendais beaucoup de bien (je pense surtout à Weeds, Sons of Anarchy et Breaking Bad), que certaines formes de violences et certains sujets me mettaient particulièrement mal à l’aise à l’écran, au point de m’en sentir très affectée – déprime, boule dans la poitrine, grignotage intensif de mes ongles, angoisses…

En y réfléchissant, j’ai compris que j’avais toujours été hypersensible aux contenus audiovisuels, dans lesquels je m’investis énormément; je me souviens par exemple d’avoir été plongée pendant des jours dans une angoisse profonde vers 12-14 ans après avoir vu Le Grand Bleu, dont la fin m’avait retournée. De manière générale, je suis capable de m’attacher si intensément aux personnages et aux situations, au point de porter leurs joies et leurs peines sur mes propres épaules, que suivre leur histoire peut devenir épuisant pour moi, émotionnellement parlant.

Avec cette prise de conscience, mon premier geste pour plus de bien-être a été de m’éviter ces situations, et donc de refuser de voir tous les films, séries, reportages etc… qui soient trop violents ou qui se centrent sur des sujets qui m’affectent trop (la drogue, la souffrance physique, certaines maladies, le désir de mort…). Cette première décision, vous l’imaginez, m’a déjà permis d’effectuer un gros tri et de réduire un peu ma gamme de choix possibles !

Un peu plus récemment, après avoir atteint un point d’overdose (je passais toute ma vie sur les blogs, Youtube, les réseaux sociaux, ou devant la télé), je me suis rendue compte des quantités effarantes de temps que je perdais vainement devant tous ces écrans. Le pire, à mon sens, était que beaucoup des contenus que je consommais n’avaient pas beaucoup de substance, ou du moins ne me correspondaient pas vraiment. J’y dédiais mon temps uniquement par facilité, par paresse, par peur de l’ennui aussi peut-être, alors qu’ils ne m’apportaient pas grand chose de réellement enrichissant – si ce n’est une sacrée pollution mentale.

J’ai alors fait un travail sur moi-même en pensant à toutes les choses qui étaient importantes à mes yeux et que je n’avais plus le temps de faire (lire, apprendre, me cultiver, faire des activités créatives et manuelles…), pour leur redonner une place plus juste dans ma vie. J’ai ainsi commencé à réduire ma consommation de télé, films et séries en général, je me suis désabonnée de dizaines de chaînes youtube, et c’est aussi à ce moment-là que j’ai fait le choix de ne plus consulter automatiquement les blogs au quotidien.

Enfin, mon arrivée et mon acclimatation à Amsterdam ont fini de consolider ma démarche. Le fameux gezellig (concept néerlandais très proche du hygge danois) et la slow life propre aux pays du Nord de l’Europe m’ont énormément fait réfléchir: j’ai depuis une bonne année davantage envie de profiter de la « vraie » vie, de garder plus de temps pour des expériences authentiques et des moments partagés avec les gens que j’aime – on en reparlera d’ailleurs dans un article spécial.

J’ai donc été amenée à encore mieux choisir ce à quoi je dédie mon temps de loisir. Pour ce faire, j’ai adopté une sorte d’éthique personnelle, des principes sur lesquels je fonde mes choix, et qui ont pour but de me rendre plus épanouie, plus heureuse, moins angoissée, et surtout plus disponible pour l’essentiel.

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MES PRINCIPES DE CONSOMMATION

1. REFUSER ET RENONCER

  • Ne pas regarder par défaut. Même si c’est juste pour passer le temps, même si j’ai envie de me divertir, j’évite de me laisser attraper par des contenus tombés sous mes yeux s’ils ne sont pas vraiment intéressants – par exemple une vidéo shopping qui ne correspond pas à mes goûts, une émission ou un téléfilm que je trouve un peu idiots… Pour occuper mon cerveau et me changer les idées, je préfère prendre le temps de choisir quelque chose qui me plaise davantage, ou, à défaut, éteindre et trouver une autre activité – par exemple écouter un livre audio ou un podcast, lire, faire du jardinage…
  • Éviter la violence qui me touche. Sans vouloir me couper de tous les malheurs du monde, je sais toutefois que certains sujets, certains types d’images ou de scénarios, peuvent m’affecter en excès. Cela n’est pas très sain. Je prends donc soin d’éviter les contenus audiovisuels qui semblent se centrer sur ces thématiques-là.
  • Ne pas suivre la tendance aveuglément. Oui, nos proches et les réseaux sociaux nous recommandent toujours des tas de séries ou films à voir absolument. Oui, des dizaines de très bons films, séries, et des centaines de vidéos passionnantes qui méritent d’être vues sortent chaque année. Pourtant, c’est beaucoup trop: il est impossible de céder à toutes ces sirènes, à moins d’y perdre un temps incommensurable. Lorsqu’une série est adulée de tous et fait le buzz, je me demande donc d’abord si elle me tente vraiment, et si j’ai l’impression qu’elle est vraiment pour moi. Si ce n’est pas le cas, je renonce franchement à la regarder, sans aucune arrière pensée: il sera toujours temps de la découvrir plus tard, si un jour elle me correspond mieux. Et sinon, tant pis, il y a bien d’autres choix !
  • Renoncer aux nouvelles découvertes quand c’est nécessaire. Parfois, je n’ai pas l’énergie émotionnelle de me plonger corps et âme dans une nouvelle histoire, ni suffisamment d’espace mental à dédier à une intrigue qui m’est inconnue – même si elle me fait très envie. Dans ces cas-là, je préfère attendre un moment plus propice pour me lancer – c’est pourquoi j’ai l’habitude de revoir très régulièrement mes films et séries chouchoutes, qui sont plus doux et réconfortants pour moi.

2. MIEUX CHOISIR

  • Privilégier ce qui me fait du bien. Lorsque je recherche de nouvelles idées de films ou séries, j’aspire à ce que leur contenu m’apporte quelque chose de positif et me fasse du bien, ne serait-ce qu’en répondant exactement à mes besoins émotionnels ou intellectuels du moment. J’aime cette idée de faire un choix actif et personnel, fondé sur mon bien-être et mes envies plutôt que sur ce qu’il faut voir. Je connais désormais par coeur mes goûts et je suis habituée à sonder mes humeurs, donc je repère assez facilement ce qui pourrait leur correspondre !
  • Me renseigner avant. C’est peut-être un peu snob, mais rien ne m’insupporte davantage que de perdre du temps devant un film ou une série réellement mauvais, même par pur divertissement. La vie est trop courte pour ça, surtout que les alternatives ne manquent pas ! Je vérifie donc systématiquement les critiques ciné de la presse et des blogs, ainsi que les notes de spectateurs sur Rotten Tomatoes, pour me faire un avis avant de me lancer. La plupart du temps, j’évite les titres qui ont moins de 6,5 ou 7/10.
  • Repérer des personnes à la sensibilité proche. Pour faire mes choix, outre les avis généraux que l’on trouve sur différentes plateformes, j’ai aussi appris à me fier plus ou moins aux personnes que je connais ou que je suis sur les réseaux sociaux. Tout conseil n’est pas bon à prendre: j’essaie de repérer celles qui ont très bien compris ma sensibilité, et celles qui ont des critères proches des miens (au moins dans certains domaines). Je sais alors que je peux grandement leur accorder ma confiance, et leurs avis, leurs recommandations, m’aident à faire un tri judicieux.

3. ENCADRER

  • Limiter le nombre de séries en cours. Je vous le disais plus haut: lorsqu’une série me passionne, j’y suis très fidèle et je m’y investis beaucoup – j’y pense et j’en parle souvent, je fais des recherches sur l’univers, sur les acteurs, je m’intègre dans la communauté, etc… Pour ma sérénité, je préfère donc limiter le nombre d’histoires que je suis en même temps à 2 ou 3 maximum, sachant que l’une d’elle a souvent plus d’empire sur moi que les autres. Par exemple, ces dernières semaines, j’ai suivi la saison 3 d’Outlander (fort investissement émotionnel), les épisodes de Strike (investissement plutôt faible car je suis moins attachée aux personnages), et j’ai recommencé Modern Family (investissement zéro, je connais tout par coeur).
  • Limiter le nombre d’heures consacrées aux contenus audiovisuels. Depuis quelques années, j’ai largement réduit mon temps passé devant des écrans afin d’en avoir davantage pour mes livres. Plus globalement, je refuse de passer toute une soirée devant Netflix: je me limite à 1 heure – 2 heures de séries grand maximum par soir, ou 1 film. Le reste du temps est occupé avec la préparation du dîner, de la lecture, une écoute de podcast / livre audio, un peu d’écriture ou de travail parfois, ou encore des jeux de société. Old school !
  • Me concentrer sur une seule chose à la fois. J’ai remarqué il y a quelques temps que ma fatigue mentale se traduisait aussi par des difficultés de concentration: j’ai toujours une tendance naturelle à attraper mon téléphone après un petit moment de visionnage. Pour contrer cette fâcheuse habitude, qui ne fait qu’encombrer mon esprit, j’ai pris un abonnement ciné afin de voir davantage de films en salle, où j’y dédie inévitablement toute mon attention. Lorsqu’au contraire nous regardons quelque chose à la maison, je mets mon portable loin de moi, l’écran retourné, pour éviter la tentation du multitasking.

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CONCLUSION

Le terme paraîtra peut-être un peu fort, mais cette consommation plus raisonnée a changé ma vie, quelque part: j’ai réduit ma fatigue mentale, je ressens moins de poids émotionnels vains (j’en ai suffisamment dans la réalité !), et bien sûr, j’ai retrouvé davantage de temps pour d’autres activités.

Parce que je sais ce qui me convient et que je choisis mieux, j’ai en outre l’impression de profiter encore plus de tout ce que je regarde: il y a tant d’univers qui me passionnent, je fais de si belles découvertes, et c’est un vrai plaisir !

Cette démarche, enfin, m’incite aussi à plus d’introspection, à des sondages émotionnels réguliers: en cela, elle m’a appris à encore mieux me connaître, ce qui est très satisfaisant.

Pour conclure, précisons que bien sûr, si je vous expose ici mes principes de manière très arrêtée, il ne faut néanmoins pas douter, dans les faits, d’une certaine souplesse.

Quand je suis en bonne forme émotionnelle et mentale, je suis ravie de sortir de ma zone de confort et d’essayer de nouvelles choses. Il m’arrive aussi de lâcher du leste par paresse, par fatigue, parce que je suis humaine et que ce n’est pas très grave, surtout si j’en suis consciente.

À mon sens, il faut surtout voir ces règles comme une hygiène émotionnelle saine vers laquelle tendre, un cadre bénéfique qui soutient mon bien-être sans l’y enfermer.

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À quoi ressemble votre consommation de films, séries, vidéos etc…?
En êtes-vous satisfait-e-s ?

Sur la photo: Pull léopard Close made in Italie ♡

60 commentaires

  1. Je suis comme toi je m’attache aux personnages, je refuse aussi la violence et je ne suis pas un mouton. Je n’ai jamais vu GOT par exemple, ni the walking dead et j’en passe….. je regarde surtout ce qui me fait du bien car c’est le principe, me vider la tête souvent. Là je regarde Narcos mais plus d’une façon historique que pour faire comme tout le monde.

    • Euh j’adore GOT et Walking dead et je n’ai pas le sentiment d’etre un mouton! Après c’est peut être le cas pour certains mais dans ce cas c’est dommage de perdre autant de temps.
      Pareil que toi Victoria je ne regarde pas plus d’1 série à la fois et pourtant j’ai Netflix ! Mais d’une part je bosse à temps plein et je suis maman donc pas trop le temps et d’autre part j’ai besoin d’etre immergée dans une histoire à fond. Je te rejoins aussi sur le besoin de faire plus des choses de mes mains et de se concentrer. Bonne journée :)

  2. très intéressant, je suis comme toi pour les films /serie assez violente etc par exemple j’adore outlander j’ai les livres, la musique j’adore l’histoire les décors les paysages etc qu’est-ce que j’aurais aimé être à la convention … mais le dernier épisode de la saison 1 je l’ai vu en accéléré …

  3. Bonsoir Victoria,

    J’ai une une prise de conscience similaire à la tienne, par étapes. Je me souviens qu’il y a quelques années je regardais toutes les vidéos des chaînes YouTube auxquelles je suis abonnée dès qu’elles sortaient. Et je me sentais parfois mal de ne pas tenir le rythme, comme si j’avais raté quelque chose (surtout qu’en sautant une semaine, j’avais l’impression que je n’arriverai jamais à bout de la pile de vidéos !). Même si j’ai aujourd’hui beaucoup d’abonnements, je choisis de ne pas regarder certaines vidéos dont le contenu ne m’intéresse/m’inspire pas. C’est vraiment libérateur! Pour les séries TV, j’étais une grande addict avec un calendrier des sorties de celles que je regardais et une sorte d’emploi du temps à la semaine (c’est mieux maintenant mais je pense que ça serait toujours trop pour certains ;-)). Prendre du recul m’a permis de comprendre quelles séries me plaisaient vraiment et donc de faire un tri. J’en suis contente.

  4. Un bel article que l’on devrait rendre encore plus visible ! Je suis entièrement d’accord et j’ai du mal à suivre les séries que j’aime alors quand on m’en propose d’autres je renonce. TROP c’est le mot à se rappeler quand on pense à tout ce qui paraît comme contenu télévisuel à l’année.

  5. Ton article m’a fait chaud au coeur, tout simplement parce que je suis mots-pour-mots (voire maux-pour-maux) comme toi. J’ignore si tu as lu un bouquin que je te recommande vivement, il s’agit de l’ouvrage de Elaine N. Aron intitulé « Ces gens qui ont peur d’avoir peur ». Elle y parle des gens comme toi et moi, visiblement hypersensibles, exposés à une sensibilité dont l’entourage a difficilement conscience. Elle s’attache à nous conseiller la manière dont appréhender une stimulation quotidienne qu’elle qualifie par ailleurs d’ « hyperstimulation ». C’est un bouquin très constructif. Au point que j’en ai supprimé tous mes réseaux sociaux et me suis tournée, comme toi, vers une sélection des éléments uniquement bénéfiques.
    Tu es au passage la première personne à qui je laisse un commentaire depuis ma fidèle et quotidienne lecture de blogs, tellement cette lecture m’a émue car je m’y retrouve! Bref, félicitations pour cet article intéressant.
    Mathilde :)

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