Un intestin pas si charmant

Personne ne parle jamais de sa vie intestinale; sur un blog qui plus est, cela semble même assez incongru. Pourtant, aujourd’hui, je prends mon courage à deux mains pour évoquer avec vous le problème des troubles digestifs, et plus particulièrement le syndrome du côlon irritable, dont je souffre depuis la fin de mon adolescence.

J’ai eu tellement de questions cette année concernant ma situation, évoquée ci et là à demi mot, que j’ai pensé qu’il était préférable de répondre publiquement pour partager avec le maximum de personnes possibles un peu de mon expérience et de mes réflexions à ce sujet, en espérant que mon témoignage puisse être utile à quelques-un(e)s d’entre vous.

Sans tomber évidemment dans des détails malvenus, je viens donc aujourd’hui vous parler de cette condition chronique qui touche tant de personnes (parfois sans qu’elles en connaissent le nom), évoquer un peu mon parcours, et enfin vous offrir quelques modestes pistes vers le mieux-être – qui en tous cas ont eu un impact positif pour moi.

Je m’excuse d’avance pour la densité et la longueur de cet article – il y a tant à dire, surtout sur ce type de sujets très peu souvent évoqués. Je prévoirai davantage de légèreté dans le programme de la semaine prochaine pour compenser! ;)

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Les troubles digestifs au quotidien

De la simple flore intestinale déséquilibrée à la maladie de Crohn en passant par le syndrome de l’intestin irritable, il existe de nombreux troubles liés au gros intestin, sans compter les problèmes de sensibilité au niveau de l’estomac (crampes, acidité, nausées…), qui peuvent s’y ajouter.

Je vais me concentrer pour ma part sur le SII ou « colopathie fonctionnelle », une condition liée à une sensibilité accrue du colon, puisque c’est celle qui me touche. Le SII n’est pas dangereux en soi mais il peut s’avérer très incommodant. On ne connaît pas vraiment l’origine ou la cause de ce trouble, qui toucherait jusqu’à 20% de la population occidentale, surtout des femmes. Les recherches actuelles se concentrent principalement sur le rôle de la flore bactérienne, ce qui semble assez logique (d’après mon gastroentérologue, il y a pas mal d’espoir de traitements à venir de ce côté-là).

Au quotidien, même dans une bonne période, le fait d’avoir l’intestin sensible peut provoquer un inconfort chronique, puisque celui-ci réagit de façon exagérée aux stimulations normales du processus de digestion. On a souvent mal, on est ballonné, on sent passer des sortes de grosses bulles dans le ventre, et on émet des gargouillis parfois assez impressionnants. Cette sensibilité affecte en outre le métabolisme en général, soit en le ralentissant fortement, soit en l’accélérant beaucoup trop.

En plus de cet état habituel, les personnes ayant des troubles de la digestion voient généralement leurs symptômes empirer dramatiquement et parfois soudainement en cas d’émotions négatives (le stress et le trac en particulier); pour cause, l’intestin est un centre nerveux très complexe, qui est en lien direct avec nos états d’âme. Ces crises peuvent également survenir à d’autres moments-clés propres à chaque personne (pour moi, par exemple, la fin de cycle est toujours une très mauvaise période puisque les contractions de l’utérus affectent aussi mon système digestif) ou en cas d’ingestion d’aliments mal tolérés de façon générale ou ponctuellement (il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir une crise de mal de ventre au point d’en tomber presque par terre, en pleine rue, juste pour un chaï tea par exemple).

Mon parcours

On estime que seuls 15% des personnes atteintes de symptômes d’irritabilité intestinale consultent un professionnel à ce sujet. Avant toute chose, je tiens donc à vous encourager, si vous souffrez de ce type de condition, à consulter un médecin, ne serait-ce que pour en faire un diagnostic et écarter la possibilité d’autres types de pathologies qui pourraient être plus graves.

En ce qui me concerne, à l’apparition de mes symptômes (j’avais 18 ans et la prépa me stressait énormément), je suis allée consulter un gastroentérologue qui m’a d’abord fait passer quelques tests pour vérifier que je n’étais pas coeliaque ni atteinte de la maladie de Crohn. Une fois ces problèmes écartés, il a conclu à une colopathie fonctionnelle et m’a prescrit un traitement chronique, à prendre plusieurs fois par jour tous les jours. Il faut savoir qu’il n’existe pas de traitement qui guérisse le syndrome de l’intestin irritable, mais simplement des médicaments permettant d’apaiser ses symptômes (antispasmodiques…), c’est pourquoi ils supposent généralement des prises quotidiennes.

J’ai suivi ce traitement de façon plus ou moins intense pendant mes deux années de prépa, puis je n’en ai plus eu tant besoin pendant quelques temps (je prenais mes médicaments uniquement en cas de « rechute »). Mon rééquilibrage alimentaire en 2012 a ensuite marqué un tournant très positif pour moi, puisque mes symptômes se sont largement réduits, et sont restés relativement maîtrisables pendant les années suivantes, à part pour les crises occasionnelles.

Cette année, en 2015, le combo de mon passage au végétarisme, qui m’a fait consommer davantage d’aliments que je ne supporte pas bien, du stress de ma fin d’études et du déménagement à venir a marqué cette fois-ci un tournant plutôt négatif, puisque j’ai vu mes douleurs chroniques et ballonnements réapparaître. Lors d’une séance pour mon dos, une ostéopathe s’est étonnée de la tension dans mon abdomen, et m’a conseillé d’essayer de surveiller la piste du gluten et des laitages. Une autre fois, une échographie gynécologique a également révélé que mon intestin était extrêmement gonflé, particulièrement sur la gauche, au point de pousser mon utérus sur la droite.

Pensant à la possibilité d’une intolérance, j’ai choisi d’effectuer un test sanguin d’intolérances alimentaires, et me suis tournée vers une biologiste-naturopathe, qui m’a accompagnée pendant le régime restrictif qui s’en est suivi. Il faut savoir que ce type de test n’est pas reconnu officiellement par les médecins, puisque les résultats ne sont pas fiables d’après eux (on peut obtenir des résultats différents sur la même personne), mais j’ai volontairement souhaité tenter l’expérience, pour y trouver peut-être quelques pistes. La liste d’intolérances dans mes résultats étant énorme (blé, seigle, laits, soja, légumineuses, etc…), ma naturopathe m’a conseillé d’éviter les aliments les plus problématiques et de varier au maximum mon alimentation pendant quelques semaines, le temps que mon système immunitaire s’apaise. Ce régime très restrictif a presque complètement supprimé mes ballonnements et gargouillis, en revanche mes douleurs étaient toujours là (forcément, puisque ma colopathie l’était aussi). J’ai pu ensuite reprendre très petit à petit une alimentation plus « normale », tout en étant consciente désormais des aliments qui me provoquaient le plus de désagréments.

Finalement, ma dernière consultation en date est un retour chez le gastroentérologue, qui m’a prescrit à nouveau le même traitement (3 fois par jour, tous les jours). Il a en revanche ajouté que je devrais éviter au maximum le gluten et les sucres industriels (sucre blanc et produits transformés sucrés) pour une même raison: ce sont des molécules qui fermentent énormément dans l’intestin, et qui peuvent donc augmenter les ballonnements et douleurs chez une personne atteinte du SII. J’ai suivi le traitement pendant quelques temps, puis à nouveau, quand mon état s’est amélioré, je l’ai réservé uniquement aux périodes de crise.

Le seul problème qu’il me restait encore à gérer concernait mon végétarisme, assez problématique dans mon cas puisque je supporte très mal la plupart des ingrédients typiques de la cuisine plant-based: soja, haricots secs, gluten de blé, noix de toutes sortes… J’ai néanmoins pu déterminer que j’en tolérais mieux certains que d’autres, tant que je ne tombais pas dans les excès. Je jongle donc en variant énormément mon alimentation, et commence à trouver petit à petit un juste milieu entre mes convictions et les limites de mon organisme.

Trouver des solutions durables

Sans m’avoir rien apporté de miraculeux, mon parcours pendant huit ans a au moins eu l’avantage de m’offrir de l’expérience et un peu de recul pour trouver mon équilibre. Le fait d’accepter ma condition et d’apprendre à la connaître, à l’apprivoiser, m’a permis de collecter une sorte de savoir tout personnel sur la façon de la gérer.

Avec les années, ma meilleure découverte a sans doute été celle-ci: il n’existe pas de Solutions, mais chacun peut trouver les siennes. Il serait évidemment bien plus rassurant de savoir qu’il suffit d’éviter telle ou telle chose dénoncée dans les médias pour être mieux, mais ce n’est pas du tout aussi simple. En ce qui me concerne, par exemple, éviter complètement le gluten est presque aussi problématique que d’en consommer trop, puisque certaines céréales de substitution ne sont pas du tout tolérées par mon organisme. « Le gluten » n’est pas un critère valide pour mon intestin: je supporte bien l’épeautre, mais le maïs me rend très malade, par exemple. Au contraire, les aliments santé par excellence, encensés dans les médias, peuvent provoquer des réactions aussi fortes que les aliments décriés: le kale me génère parfois de grosses crises… mais pas systématiquement non plus!

À mon sens donc, la seule façon d’apaiser ses symptômes est d’oublier les modes et de s’écouter. Essayez d’abord de prendre conscience, quitte à prendre des notes, de ce que vous avez mangé au cours des repas précédant une crise, ou de simples manifestations douloureuses. Au contraire, remarquez également lorsque vous vous sentez bien, et analysez le repas qui vous a laissé(e) si tranquille. Petit à petit, vous noterez des points communs et pourrez déterminer quelques aliments sensibles, par exemple « mes gargouillis sont particulièrement bruyants et douloureux lorsque je mange du blé » ou « le yaourt au soja me fait aussi mal au ventre que le yaourt de vache ». Le but sera ensuite bien sûr d’éviter au maximum les aliments problématiques, surtout quand ce n’est pas le moment pour vous d’être embêté(e) par votre ventre, et de privilégier les aliments apaisants lorsque vous en aurez besoin; plus généralement, de composer votre propre équilibre selon vos envies et vos limites.

La personnalisation du régime peut même aller encore plus loin: si vous faites régulièrement des petits tests, surtout pour des aliments que vous aimez et que vous ne voudriez pas supprimer complètement, vous pourrez peut-être remarquer un « seuil de tolérance » vis à vis d’eux. Par exemple, dans mon cas, après avoir complètement supprimé le blé pendant quelques semaines, je l’ai réintroduit à petite dose, juste de temps en temps, sans provoquer de soucis particuliers jusqu’à un certain point. En revanche, lorsque j’ai essayé d’en manger davantage, mon corps a fini par se manifester. Il m’a donc fallu ensuite faire des essais pour déterminer à peu près la quantité que je pouvais me permettre sans me faire de mal, mais aussi les situations dans lesquelles il valait mieux que je m’abstienne. Je suis ravie aujourd’hui de savoir que je peux me permettre, quand je me sens bien, un petit croissant ou une part de tarte dans un restaurant sans craindre de conséquences.

À côté de cette expérimentation alimentaire, je ne peux pas ne pas aborder le facteur émotionnel, qui est intrinsèquement lié au problème. Étant naturellement de nature très stressée, je sais bien que ces émotions négatives me rendent encore plus malade (pas seulement au niveau digestif d’ailleurs) et que je dois les éviter autant que faire se peut. Le problème est évidemment que l’on ne peut pas toujours supprimer les causes majeures de son stress (pour moi les études, qui m’ont littéralement dévorées). Pourtant, en prenant du recul, j’ai appris petit à petit à réorganiser mes journées, repenser mes priorités et prendre plus de temps pour moi, même dans les plannings les plus serrés. J’ai décidé de commencer et terminer plus doucement mes journées (lecture, thé, pas d’écran dès le lever ou juste avant le coucher…), j’ai maintenu mes séances de yoga coûte que coûte, j’ai appris à faire de vraies pauses, etc… (cf l’article sur mon organisation). Ce changement volontaire m’a fait beaucoup de bien, et j’entretiens le même état d’esprit depuis.

Enfin, même si là aussi cela reste très personnel et très différent selon chacun, pour moi la naturopathie a une place certaine dans la liste des solutions possibles. Si les réponses de la médecine allopathique vous laissent sur votre faim, je ne saurais trop vous conseiller de vous tourner dans un deuxième temps vers des médecines plus douces, qui vous apporteront un autre éclairage. Un bon naturopathe, spécialisé dans l’alimentation si possible, saura vous accompagner, vous aider à mieux vous connaître, et vous proposer une hygiène de vie qui corresponde à ce dont vous avez besoin. Sans forcément consulter, vous pouvez aussi vous renseigner directement sur les infusions de plantes (cf mes recettes de tisane), les huiles essentielles, etc… pour voir si elles peuvent améliorer votre confort. Pour moi les tisanes digestives et les massages à l’huile de basilic tropical par exemple sont très efficaces.

Conclusion

Grâce aux efforts que j’ai effectués pour mieux connaître les réactions de mon corps et apaiser mes émotions, je peux affirmer que ma situation actuelle est plutôt satisfaisante. Je suis certaine de rechuter en cas d’écarts alimentaires répétés (cela a été le cas il y a deux semaines et il m’a fallu 5-7 jours pour revenir à la normale) et j’ai toujours une crise de temps en temps, mais lorsque je suis mon intuition, je trouve un véritable mieux-être sans recours aux médicaments.

Je ne peux donc que vous encourager, si vous faites partie des milliers de gens qui sont perdus face à leurs symptômes, à en parler à un professionnel, d’une part, pour obtenir un soulagement temporaire, mais aussi à faire la part des choses en recherchant votre propre équation idéale. Nous ne serons sans doute jamais complètement « guéris », à moins que la science ne nous propose quelque chose dans les prochaines années, mais une amélioration est toujours possible, et nous sommes les seuls à en avoir la clé.

Courage!

121 commentaires

  1. MOI J4AI DES DIVERTICULES ET JE PENSE QUE JE VAIS ALLER VOIR UNE PERSONNE FORMEE METHODE NAET QU EN PENSEZ VOUS MERCI POUR LA REPONSE

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