8 idées pour mieux consommer la mode

Souvent, lorsque l’on commence à s’intéresser à la mode responsable, green et éthique, c’est un angle particulier qui attire notre attention: les conditions de travail de celles et ceux qui fabriquent nos vêtements, la surconsommation, la cruauté envers les animaux, une préoccupation pour la santé ou l’environnement…

Malheureusement, dès que l’on commence à creuser le sujet, le problème de cette industrie ressemble très vite à un gouffre sans fond: il y a tant de fronts sur lesquels agir, tant d’efforts à faire que c’en est presque décourageant… Pourtant, une action paraît d’autant plus indispensable !

Face à l’immensité de la tache, il n’est pas facile de savoir comment faire au mieux, surtout si l’on est limité par une question de budget (c’est le cas de l’écrasante majorité d’entre nous). En cas de passion particulière pour la mode et le style, l’idée de changer ses habitudes à ce point peut aussi être angoissante.

Par où commencer ? Comment améliorer l’impact environnemental et éthique de sa consommation, même si l’on ne peut pas forcément atteindre la perfection ?

Parce que je crois profondément au pouvoir des petits pas, à l’utilité réelle de chaque effort, j’ai eu l’idée de vous proposer 8 pistes qui, selon moi, permettent réellement d’avancer vers une mode plus responsable et plus durable — qu’elles soient entreprises séparément ou, encore mieux, combinées, selon nos sensibilités les plus immédiates.

Avec ces informations, ces conseils et ces références, j’espère vous permettre d’y voir un peu plus clair et peut-être, vous aider à approfondir l’une ou l’autre de ces démarches. D’avance, merci et bravo à vous !guide-mieux-consommer-vetements-mode-responsable

PRÉFÉRER LA QUALITÉ À LA QUANTITÉ

C’est le principe de base, accessible à tou/tes quel que soit notre budget, ou les magasins auxquels nous avons accès: faire des achats plus réfléchis, pensés pour durer, et en prendre bien soin !

Même si l’on ne peut pas acheter du bio ou du made in France, le simple fait d’éviter une surconsommation inutile et d’utiliser ses vêtements le plus longtemps possible est un vrai geste écologique. Rien qu’en Europe, 4 millions de tonnes d’habits sont jetées chaque année. Quel gâchis !

Pour mieux choisir, je vois deux points principaux à surveiller.

D’une part, la qualité du vêtement ou de l’accessoire en question: s’agit-il d’une matière noble, résistante au temps ? Doit-elle se laver régulièrement, et comment ? Le tissage est-il régulier et solide ? Les finitions paraissent-elles fragiles ? La coupe semble-t-elle bien réalisée, les coutures bien en place ?

Avec un peu d’expérience, on peut répondre à ces questions en tâtant et observant attentivement le produit: souvent, la comparaison avec des pièces mal fagotées est assez criante au toucher et à la vue. Sinon, n’hésitez pas à vous renseigner autour de vous, si quelqu’un a un peu de recul sur la marque, ou cherchez des témoignages sur internet !

D’autre part, la pièce que vous convoitez doit être durable pour vous, c’est à dire convenir autant à vos goûts qu’à votre style de vie, aux couleurs de votre garde robe, etc… sans quoi elle risque d’être rapidement oubliée. Essayez d’être honnêtes avec vous-mêmes: est-ce que vous vous sentez jolie, avenant ? La forme de ce top ira-t-elle avec les jeans que vous portez le plus souvent ? Cette pièce pourrait-elle vite devenir « has been », la porteriez-vous même si elle n’était pas/plus à la mode ?

Pour se rendre compte de toutes ces choses et ne plus faire d’erreurs (ou presque, nous restons humain/es !), il peut être intéressant de procéder à une analyse rationnelle de votre dressing et de votre style, comme celle qui est proposée dans le livre The Curated Closet (je vous en parlais par ici). Je ne connais pas de ressources en français à ce sujet, mais si j’en trouve, je les partagerai volontiers.

PRIVILÉGIER LES MATIÈRES NATURELLES ET ÉCOLOGIQUES

Les matières synthétiques sont dérivées du pétrole, donc très polluantes à fabriquer. Elles relarguent des microplastiques dans l’eau à chaque lavage (1,7 gramme pour une veste polaire, par exemple), ne sont absolument pas biodégradables et pas forcément très saines pour la peau. Le polyester, seule fibre plastique potentiellement recyclable, l’est encore très peu faute de technologies satisfaisantes (mais des études sont en cours)… Bref, ce ne sont pas forcément les meilleurs choix !

Les fibres naturelles végétales et animales en général constituent une option plus saine pour la peau. Elles sont aussi 100% renouvelables et hautement biodégradables, ce qui est déjà un très bon point.

Cela ne les empêche pas, malheureusement, d’être aussi teintées ou traitées avec des produits toxiques au cours de la chaîne de production, surtout en Asie — sauf si elles sont certifiées Oeko-Tex Standard 100, qui garantit une absence de substances nocives. Notez aussi que les élevages intensifs de laine restent polluants pour les sols et l’atmosphère, tout en requérant beaucoup de matières premières alimentaires et d’eau. Quant au coton, lui-même très gourmand en eau, sa culture conventionnelle utilise une quantité alarmante de pesticides (25% du total mondial) !

Les options les plus avantageuses restent donc le lin et le chanvre, dont la culture est très peu polluante, éventuellement le coton bio dûment certifié, mais aussi les fibres semi-artificielles comme le cupro, issu des résidus de coton, ou le tencel (ou lyocell), issu de la pulpe de bois et fabriqué en circuit fermé sans solvants toxiques. Cette matière se trouve très facilement et à petits prix, même chez les grandes enseignes ! La laine bio, issue d’élevages traditionnels non intensifs, peut se défendre également, même si la laine recyclée lui est préférable en termes d’empreinte carbone.

Enfin, de manière générale, les matières locales sont des choix intéressants, puisqu’elles bénéficient des normes européennes sur les résidus toxiques, par exemple (pas parfaites, mais plus strictes qu’ailleurs) et ne nécessitent pas de longs transports.

SOUTENIR DES CONDITIONS DE TRAVAIL PLUS ÉTHIQUES

Dans la fast fashion, l’aspect social et humain est aussi un grave problème, sans doute le plus révoltant de tous: salaires indécents, nombres d’heures de travail hallucinants, manque de protection sociale, conditions de sécurité alarmantes, travail des enfants, risques sanitaires extrêmement élevés en raison de l’exposition constante à des produits chimiques toxiques… Pour obtenir des vêtements à bas prix, c’est la vie de centaines de milliers d’ouvriers que l’on néglige.

On se souvient encore de la tragédie du Rana Plaza en 2013 (qui, au passage, n’a pas eu de conséquences très flagrantes sur la sécurité des usines…); il y a aussi tous les incendies liés au manque de sorties de secours, les rivières où se déversent les déchets des usines et qui donnent le cancer à des villages entiers — bref, la situation est intolérable. Cette petite bande-annonce du documentaire The True Cost (disponible sur Netflix) vous en donnera un aperçu en 2 minutes.

Pour éviter de soutenir ce système et offrir, au contraire, plus de dignité et de chances d’évolution à tous ces travailleurs des pays en développement, on peut choisir de se tourner vers des options plus équitables et respectueuses.

C’est le cas, par exemple, de nombreuses marques écolos très modernes comme People Tree, Studio Jux ou Armed Angels, qui sont certifiées Fair Trade. D’autres marques conscientes, comme Ekyog ou Thought, sans être certifiées, s’engagent pour garantir le respect des Hommes sur l’ensemble de leur filière; c’est aussi le cas de Bonobo, dans une moindre mesure à l’heure actuelle (audits, éviction des procédés dangereux…), même si la marque progresse de plus en plus. Dans un autre genre, le groupe Monoprix, par exemple, propose aussi une gamme conçue dans une démarche écologique et équitable (partenariat avec Remei + label bioRe), et pratique des audits indépendants surprise plusieurs fois par an dans les usines hors UE de toutes ses marques.

LIMITER LES PRODUITS ISSUS DE L’EXPLOITATION ANIMALE

Les problèmes éthiques de la mode ne concernent pas que les humains: de nombreux animaux sont aussi impliqués dans l’obtention de matières premières, par exemple pour la laine ou le cuir, souvent dans des conditions peu soucieuses de leur bien-être.

La production de toisons animales cache un certain nombre de pratiques extrêmement cruelles comme l’arrachage de poils sur des lapins angora vivants, pratiquée en Chine (qui fournirait 90% de la laine angora dans le monde), la castration sans anesthésie, ou encore le mulesing, technique largement pratiquée en Australie sur les moutons mérinos, qui consiste à découper un bon morceau de chair sur le derrière des bêtes afin d’éviter les infections dues aux mouches. Notez aussi que les conditions dénoncées dans la presse au sujet des élevages industriels (manque de place, insalubrité, actes de cruauté…) ou des abattoirs concernent tout autant le domaine de la mode: le cuir qui forme nos sacs et chaussures, par exemple, provient de ces mêmes animaux…

Limiter ou supprimer ces matières dans nos achats est donc un engagement fort, qui a aussi des bénéfices environnementaux (pensez par exemple à l’impact désastreux de l’industrie du cuir…).

L’idéal, si l’on achète tout de même une pièce neuve en peau ou en laine, est de le faire avec conscience: on peut choisir par exemple d’éviter les grandes enseignes et opter plutôt pour des marques engagées, locales et/ou transparentes sur l’origine de leurs matières, même si cela demande de se renseigner tant bien que mal.

Je ne suis pas spécialiste du cuir, puisque je n’en achète plus depuis quelques années; une seule chose est sûre, par pitié pour l’environnement, le tannage végétal est un must !

En ce qui concerne les tricots, n’hésitez pas à jeter un oeil sur La Ferme du Mohair (leur mohair provient d’un élevage de chèvres français qui vous est présenté ici), L’Envers (Julie choisit des laines aussi éthiques que possible, notamment avec du mérinos d’Arles et du yak), Babaa (laines espagnoles et bios), les cachemires Hircus (les chèvres sont peignées, pas tondues) ou encore Icebreaker pour les vêtements thermiques 100% mérinos (conditions décentes pour les animaux et mulesing interdit chez leurs éleveurs, plus d’infos ici et ).

RECHERCHER LE MADE IN EUROPE (OCCIDENTALE)

Soutenir le made in France, Germany, Spain, Italy ou UK plutôt que le made in China fait sens d’un point de vue éthique: cela revient à encourager le maintien d’un savoir-faire local, et la création d’emplois dans nos régions. En termes de conditions de travail, les lois étant plus strictes et mieux appliquées en Europe Occidentale que dans les pays en voie de développement, on peut aussi espérer plus de sécurité, une vraie protection sociale, pas de travail d’enfants, etc… même si des exceptions illégales peuvent malheureusement exister.

L’autre argument du Made in Europe est bien sûr celui des distances de transport raccourcies, qui limitent l’empreinte carbone de la distribution des produits.

De nombreuses marques proposent aujourd’hui des vêtements fabriqués dans l’Hexagone, comme par exemple les jeans 1083, les tricots de Plusdepulls ou le pull du futur d’Hopaal, les tshirts de Le Tshirt Propre, les collections d’Atode… Jetez aussi un coup d’oeil à la sélection de Dressing Responsable !

Vous pourrez trouver assez facilement des chaussures et des sacs en cuir fabriqués en Espagne, Italie ou Portugal dans différentes enseignes spécialisées. C’est aussi le cas en vegan, avec par exemple Will’s, Bourgeois Boheme, Good GuysMinuit sur Terre, Flore & LineJean Louis Mahé… qui fabriquent tous près de chez nous !

SE FOURNIR AUPRÈS DE PETITS COMMERCES INDÉPENDANTS

À l’autre bout de la chaîne, se fournir directement auprès d’un/e petit/e créateur/rice, d’une jeune marque indépendante ou d’un commerce local quand on le peut est aussi une option plus durable que de recourir systématiquement aux grandes enseignes.

En soutenant une petite entité, plutôt qu’alimenter un empire déjà largement prédominant, on renforce la diversité de l’économie locale et on encourage d’autres manières de produire ou vendre. En plus, notre argent a un impact direct sur la personne qui le reçoit: c’est ce qui lui permettra de payer ses factures, de créer de l’emploi, de financer les études de son enfant… Quoi de plus satisfaisant ?

ACHETER PLUTÔT D’OCCASION

Lorsque l’on ne tient pas absolument au 100% neuf, les vêtements et accessoires d’occasion ont tout bon: ce type d’achats permet d’ajouter une pièce à notre penderie sans générer de production supplémentaire (avec toute la pollution, la consommation d’énergie et de matières premières que cela représente), pour un montant accessible, qui revient souvent à un petit commerce ou un particulier.

Vu dans l’autre sens, c’est aussi une démarche qui évite de produire des déchets inutiles, alors que ces pièces peuvent encore servir !

Le seconde main constitue également une réponse intéressante aux préoccupations éthiques concernant le bien-être des animaux: il permet d’acquérir du cuir, par exemple, sans qu’un veau ou un agneau supplémentaire n’ait été tué; de même, un pull en laine vintage est une option possible pour quelqu’un qui refuse de financer directement l’élevage, ou toute autre forme d’exploitation animale.

N’hésitez pas à visiter les friperies de votre ville ou de votre région si c’est possible pour vous. Sinon, mes conseils pour acheter des fripes en ligne sont toujours disponibles par ici !

FABRIQUER SES PROPRES CRÉATIONS

Fabriquer ses vêtements soi-même est une excellente manière de mieux contrôler leur impact éthique et environnemental. En pratiquant la couture et le tricot, on évite plusieurs des points problématiques de l’industrie de la mode, notamment l’origine trouble des matières, les longues distances parcourues, les tailles standard mal adaptées, ou les conditions de travail indécentes.

Selon notre budget et nos possibilités, on peut même pousser la démarche en cherchant des garanties éthiques et environnementales sur toutes les étapes et composants du processus — choisir un tissu écologique made in Europe (par exemple chez Amandine Cha ou Fil Etik), de la laine éthique (je vous conseille les catalogues de BellelaineDe Rerum Natura, ou Fleurs de Laine), opter pour une machine à coudre basse consommation et un fournisseur d’électricité verte…

Pour les non-initié/es, il reste bien sûr l’option de demander à un/e proche de réaliser la pièce en question, ou d’engager un/e artisan/e qui pourra suivre toutes vos instructions. Si vous n’avez pas de contact localement, jetez un oeil à des sites comme Capsul Studio, où des couturières de France vous proposent de créer vos vêtements sur mesure, ou cherchez des créateurs/rices qui vous plaisent sur Etsy et parlez-leur de votre projet !

***

Est-ce que l’une ou plusieurs de ces démarches vous parle(nt) particulièrement ?
Y en a-t-il que vous avez déjà adoptées, ou que vous aimeriez adopter à terme ?

Si vous avez d’autres idées ou d’autres ressources à ajouter, n’hésitez pas à les partager en commentaire pour enrichir le sujet ! 

Cet article contient un lien affilié Etsy. Un immense merci pour votre soutien ♥︎
Pour en savoir plus sur la monétisation de ce blog, RDV sur ma FAQ.

66 commentaires

  1. Pingback: Mes meilleures trouvailles en friperies #1 - Mango and Salt

  2. Bonjour,

    Très intéressant et plein de bonne références!!

    Je suis Anita de lusoliege.com. j’ai pris, depuis de longues années, le parti de bannir le cuir de mon quotidien et montrer autour de moi qu’il y avait des alternatives à la souffrance animale et à la production de masse, loin de nos contrés dans des conditions de travail et environnementales plus que douteuses.

    De part mes origines j’ai fait le choix d’utiliser du liège, qui aujourd’hui remplace avantageusement le cuir. Les produits sont fabriqués en Europe de façon éthique (pas de travail des enfants, respect du salarié…).

    J’ai donc décider, en collaboration avec quelques artisans portugais, d’ouvrir un site afin de vulgariser l’utilisation de cette matière végétal.

    Je serai ravie de répondre à vos questions et heureuse de contribuer ici à faire en sorte que notre consommation devienne responsable….

    Anita

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  5. Oui, le dernier point me parle particulièrement, étant donné que je n’ai plus acheté de vêtements depuis 3 ans, je les couds tous.
    En revanche, j’essaie de ne pas perdre de vue mon objectif initial qui est de limiter mon impact mode d’un point de vue éthique et environnemental. Car si l’on parle beaucoup de fast fashion, la fast couture existe aussi.

  6. Bonjour, Félicitation pour ton blog!
    Je l’ai découvert il y a peu et j’apprécie beaucoup sa lecture. Je suis surprise de voir que tous les sujets que tu abordes font écho à mon mode de vie ou à mes questionnements actuel (qui doivent être les mêmes pour beaucoup d’entre nous).

    Cet article en particulier reprend tout a fait mes interrogations du moment pour améliorer mon rapport aux vêtements. En complément d’achats plus raisonnés de meilleur qualité (pour la couture c’est mort), j’ai jeté mon dévolu sur les services de location de vêtement avec un vestiaire collectif. Quel est ton point de vue sur cette solution?

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