Coup de coeur // Les Hauts de Hurlevent

Il est rare que je dédie un article entier à une seule de mes lectures, mais comme pour Outlander ou la saga de la Passe-Miroir, l’univers des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë m’a tellement marquée que j’avais besoin de l’explorer un peu plus précisément avec vous. Pour ne rien gâcher, son atmosphère sombre, malsaine, légèrement gothique est parfaite pour un mois d’octobre !

Jonglant entre livre audio, texte original et traduction française, j’ai lu ce roman assez lentement, en presque deux mois cet été – c’est une oeuvre qui, sans être lourde, offre une certaine complexité narrative, et demande donc un peu de concentration.

Ce fut une expérience de lecture absolument unique, et un coup de coeur très différent des ressentis que j’ai d’habitude: pas un amour palpitant, mais plutôt une fascination complète pour l’originalité et la puissance de ce chef d’oeuvre, si détonnant vis-à-vis des autres classiques anglais de l’époque. Qu’il nous bouleverse ou nous repousse, Les Hauts de Hurlevent laisse rarement indifférent, et rien que pour cela, je recommande chaudement à chacun-e de s’y plonger et de se faire son propre avis !

En attendant, je viens partager aujourd’hui mes impressions sur le texte d’Emily Brontë, ainsi que sur trois adaptations cinématographiques que j’ai (re)vues récemment, avec quelques podcasts et liens intéressants en bonus. J’espère que mes impressions feront écho chez certain-e-s d’entre vous, ou qu’elles vous donneront envie de vous lancer un jour !leshautsdehurlevent

Ma sublime édition anglaise du roman est encore trouvable ici.

LE SYNOPSIS

Alors qu’il est en route vers Thrushcross Grange, la propriété dont il est le nouveau locataire, M. Lockwood passe aux Hauts de Hurlevent, chez son propriétaire, M. Heathcliff – un gentleman sombre, taciturne, aux manières rustres, accompagné d’un entourage tout aussi morne. Une tempête de neige l’oblige à rester dormir sur place; sa découverte des traces laissées par une ancienne habitante de la maison, Catherine, puis une apparition qui l’épouvante pendant la nuit l’amènent à demander des explications à Nelly, la domestique, sur cette étrange atmosphère. Celle-ci lui relate alors l’histoire de cette maison et de ses propriétaires, la famille Earnshaw, consumée par la haine, de l’amour aussi viscéral que destructeur de Catherine et Heathcliff, et de ses conséquences dramatiques…

“If he loved with all the powers of his puny being, he couldn’t love as much in eighty years as I could in a day.”

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LE ROMAN

J’ai eu un mal infini à discerner et comprendre mon ressenti vis-à-vis de ce roman, tout simplement parce que je n’avais jamais rien lu de tel dans ma vie. J’y voyais objectivement un chef d’oeuvre, mais je ne savais pas exactement qu’en penser. Ce n’est qu’après quelques jours (et une exploration d’autres formats, comme vous le verrez plus bas) que j’ai compris qu’il m’avait marquée comme seuls certains livres le font.

Les personnages ne sont pas du tout aimables, certains sont même mauvais à un niveau impardonnable; l’histoire est dure, tout n’est que mépris, manipulation, souffrance et vengeance (malgré une pointe d’espoir à la fin). Rien ne m’appelait à l’attachement, à l’identification ou au rêve.

Et pourtant… Je suis ressortie de cette lecture retournée, hébétée, presque, par sa puissance, et elle m’habite profondément depuis. Ce n’est pas la même sensation que la ouate de confort et de nostalgie que forment mes univers préférés dans mon coeur, mais elle y a définitivement sa place, d’une autre manière.

Je crois que c’est la plume d’Emily Brontë, la force incendiaire de ses mots (pourtant maniés dans un style très XIXème siècle, d’une grande élégance) et surtout sa capacité à sonder si justement la part la plus sombre des passions humaines qui m’ont touchée. Il y a une beauté incroyable, noire mais paradoxalement très pure, dans cet absolu qu’elle dessine, et malgré l’exécrabilité de Catherine et Heathcliff, je n’ai pu, à mon grand étonnement, que comprendre et compatir à leur souffrance.

“He is more myself than I am. Whatever our souls are made of, his and mine are the same. If all else perished and he remained, I should still continue to be, and if all else remained, and we were annihilated, the universe would turn to a mighty stranger. He’s always, always in my mind; not as a pleasure to myself, but as my own being.”

Les lamentations haineuses du jeune homme, notamment, son refus absolu de vivre sans celle qu’il aime, m’ont bouleversée. Elles sont trop passionnées, et mènent à des comportements absolument condamnables, mais comment ne pas comprendre ce désespoir si fort et si impuissant qui se transforme en colère, après un tel manque d’amour dans le passé ?

J’ai encore les larmes aux yeux en relisant certains passages, devant tant de justesse émotionnelle et psychologique – peut-être parce que, sans arriver à de telles extrémités, je suis aussi quelqu’un qui ressent parfois des émotions très fortes.

Impossible, en ce sens, de ne pas penser à l’autrice, à sa courte vie, en se demandant comment et pourquoi cette puissance, cette fascination pour l’absolu, ont pu l’habiter autant – au point d’écrire un roman aussi détonnant pour l’époque, surtout de la main d’une femme. Cela reste un grand mystère !

Be with me always –take any form– drive me mad. Only do not leave me in this abyss, where I cannot find you! Oh, God! It is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!”

J’ai aussi aimé, dans une autre optique, la conclusion de l’histoire, qui, sans effacer toutes les blessures des personnages, apaise le lecteur en leur offrant une perspective de paix, de rationalisation et de respect. De quoi mettre un peu de baume au coeur et offrir une belle leçon morale, sans toutefois tomber dans un happy end niais qui n’aurait pas sa place ici.

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LES ADAPTATIONS CINÉMATOGRAPHIQUES

J’ai vu jusqu’ici trois films adaptés du roman d’Emily Brontë, tous très différents les uns des autres, dont deux que j’ai particulièrement aimés – l’un étant même une vraie révélation. Il me manquera encore notamment la version de 1970, et la mini-série de PBS sortie en 2009 (dispo sur Netflix), que je serais curieuse de voir à l’occasion.adaptations-cine-hauts-hurlevent

WUTHERING HEIGHTS (1939)

Cette version classique avec Laurence Olivier et Merle Oberon, qui reprend seulement la moitié initiale du roman, est la première que j’ai découverte, en cours d’anglais. À l’époque, je n’avais pas encore lu le roman, mais je me souviens que certaines scènes m’avaient marquée – notamment celle du fantôme à la fenêtre. Néanmoins, je l’ai revue récemment, et c’est finalement l’adaptation que j’aime le moins jusqu’ici.

Si Cathy m’a semblée parfaitement interprétée, j’ai toutefois trouvé l’atmosphère un peu trop « glamour » peut-être, trop hollywoodienne, et pas assez ancrée dans le paysage si particulier du Yorkshire. Je suppose que mon impression est due au côté un peu daté de la mise en scène et de la réalisation, au style très « studio », mais le tout manquait pour moi de noirceur, d’intensité, pour représenter réellement la puissance du texte d’Emily Brontë.

J’ai remarqué aussi que plusieurs scènes importantes avaient été un peu changées sans que je comprenne vraiment pourquoi (par exemple, la réaction de Cathy quand Heathcliff revient: ici, elle ne veut pas entendre parler de lui alors que c’est tout le contraire dans le livre). C’est dommage !

WUTHERING HEIGHTS (2011)

Ce film ne reprend, lui aussi, que la première partie de l’histoire. Il a été pour moi un énorme coup de coeur grâce à son caractère fondamentalement atmosphérique et contemplatif où, presque sans dialogues ni musique, toute la puissance émotionnelle est portée par les paysages bruts et les expressions des acteurs (regards, gestes…), qui sont aussi frais que talentueux.

Le rythme est lent, laissant place à l’intensité d’une sensualité vaguement morbide dans une esthétique sauvage, sombre, magnifique.

J’ai été très touchée par la modernisation et la socialisation de l’intrigue: tout en conservant les costumes et décors de l’époque, la réalisatrice a fait le choix d’un acteur noir pour jouer Heathcliff, ce qui apporte une toute autre dimension à l’histoire. Il s’agit d’une interprétation plutôt libre de l’oeuvre d’Emily Brontë, qui lui prêtait seulement des traits proches de ceux d’un gitan, et pourtant, c’est ce qui rend à mon sens cette adaptation extrêmement fidèle à la noirceur et à la violence du texte original – du moins, elle la rend plus évidente pour les personnes du XIXème siècle…

Attention toutefois, cette version est clairement un film « alternatif », au style indie, bien loin des blockbusters auxquels beaucoup d’entre nous sommes habitué-e-s. Je sais que son atmosphère malsaine, sa lenteur, son manque d’action, ne plairont pas à tout le monde. Pour moi, ça a été au contraire une révélation absolue, qui m’a permis d’apprécier 100 fois mieux le roman d’origine.

♡ EMILY BRONTË’S WUTHERING HEIGHTS (1992)

J’ai bien aimé cette adaptation également, même si elle n’a strictement rien à voir avec la précédente. Nous sommes ici dans un period drama assez classique, typique des années 90, avec de grands acteurs connus (Ralph Fiennes et Juliette Binoche) et une interprétation assez littérale de l’oeuvre, qui est déroulée cette fois du début à la fin.

Malgré une image un peu datée, de gros raccourcis dans l’intrigue, et un double-rôle assez ridicule pour Juliette Binoche, je trouve que ce film réussit tout de même à nous captiver grâce à l’intensité du jeu des acteurs et l’importance des paysages de la lande. J’y ai retrouvé la puissance passionnelle que j’attendais. Si Ralph Fiennes, que je trouve plutôt froid, ne me convainquait pas au départ pour représenter le très tempétueux et ténébreux Heathcliff, j’ai d’ailleurs finalement été assez séduite par sa performance !

Mention spéciale aussi pour la musique de Ryuichi Sakamoto, très lyrique, qui apporte beaucoup d’émotion aux images.

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POUR ALLER PLUS LOIN

Le film biographique de la BBC « To Walk Invisible », qui explore une partie de la vie des soeurs Brontë. On y découvre une Emily intense, passionnée, taciturne, ainsi qu’un peu de sa sublime poésie.

L’épisode du podcast France Culture « La Compagnie des Auteurs » dédié au mythe des Brontë et celui qui s’intéresse à Emily Brontë et son oeuvre.

L’épisode de « In Our Time » sur BBC Radio dédié à Wuthering Heights.

☞ Les poèmes d’Emily Brontë en version originale ou en version française. J’ai aussi trouvé un recueil en VO à tout petit prix en numérique (ici pour la Kindle).

Le livre audio de Wuthering Heights (VO) et celui des Hauts de Hurlevent (VF) sur Audible. Vous pouvez tester l’un de ces titres gratuitement; pour savoir comment fonctionne l’abonnement, RDV sur mon article dédié aux livres audio.

Mon tableau Pinterest dédié à l’esthétique de Wuthering Heights.

☞ La vidéo de Pinupapple sur Les Hauts de Hurlevent et trois de ses adaptations.

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Les Hauts de Hurlevent est une histoire qui divise beaucoup.
L’avez-vous lue ou vue dans une adaptation ?
Vous a-t-elle bouleversée ou y êtes-vous resté-e hermétique ?

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Pour en savoir plus sur la monétisation de ce blog, RDV sur ma FAQ.

33 commentaires

  1. Tu connais mon amour pour cette œuvre, je ne t’apprends rien 😉 Tu en parles merveilleusement bien en tout cas, et on sent combien cette lecture t’a retournée, touchée. À chaque lecture ou à chaque visionnage de l’œuvre (je pense avoir vu la mini série, je n’en ai pas un souvenir transcendant, mais les dialogues du roman me font toujours un effet salvateur dans les films), je suis fascinée par l’aspect sauvage, passionnel, qui se dégage de cet univers. Tu as tres bien exprimé ce que je ressens dans mon article, donc je ne vais pas tout répéter, mis vraiment, cette œuvre, c’est pour moi une expérience. Rien qu’à y penser, j’ai des photographies qui envahissent ma tête, de courses égarées dans les landes, de couloirs oppressants de souvenirs, du visage rageux de Heathcliff. Je serais toujours si fascinée de la puissance des œuvres des sœurs Brontë : quelle imagination, quelle sensibilité, quelle connaissance profonde des turpitudes humaines, et quelle empathie… J’ai parfois les larmes aux yeux en lisant Heathcliff et Catherine parler l’un de l’autre, a chaque fois, j’ai des moments où je pose le livre deux secondes, j’encaisse les mots, les émotions.
    Bref, mon commentaire part dans tous les sens, mais bon, c’est pas bien grave, il répond à l’enthousiasme de ton billet 😉 Merci pour cet article qui m’a remontée de bon matin.

  2. Tu parles extrêmement bien de cette oeuvre qui m’a bouleversée, et dont les mots me bouleversent encore en lisant les extraits dont tu as émaillé ton article. Cette passion absolue, qui transcende et ravage les personnages, je ne l’ai jamais retrouvée aussi bien décrite et retranscrite que dans ce livre. Tu me donnes très envie de me replonger dedans d’ailleurs :)
    Je me rappelle avoir découvert la version de 2011 au cinéma, à sa sortie. J’avais beaucoup aimé, mais j’avais été très frustrée que le film s’arrête à la moitié de l’intrigue. Et j’avais aussi adoré la musique de fin, qu’on entend au générique je crois, qui est « The Enemy » de Mumford&Sons ; je l’ai tellement écoutée par la suite que maintenant elle incarne pour moi l’essence de Wuthering Heights ;)
    En tous les cas, merci beaucoup pour ton article, quand on porte en soi un roman comme cela c’est vraiment agréable de lire ce que d’autres personnes en pensent, surtout qu’en l’occurrence je trouve que tu t’exprimes avec des mots très justes, tu rends plus justice à ce roman que je ne saurais le faire :p
    Je te souhaite une très belle journée !

  3. Ce livre m’a tellement touchée lorsque j’étais adolescente que je l’ai lu 3 ou 4 fois. 15 -20 ans plus tard (!) ton article me donne envie de m’y replonger en version originale (peut-être en audiobook?).
    Merci Victoria!

  4. Hello, depuis que tu en as parlé sur Insta, j’ai téléchargé la version audio, j’ai aussi le livre numérique sur liseuse donc je pense me lancer dans cette lecture tranquillement, comme je l’ai fait avec Jane Eyre, que j’ai mis plus de deux mois à lire, mais que je lisais vraiment sans me presser, et c’est aussi une lecture qui m’a marqué. Je pensais au début que lire u livre sur plusieurs semaines allait me perturber et que je n’allais plus me rappeler des évènements, mais je pense au final que pour les Brontë on a le droit de prendre son temps car ce sont des livres denses qui méritent d’être digérés :-)

  5. J’ai lu ce livre quand j’étais ado (15-16 ans) et même si j’avais aimé, ça m’avait hanté pendant des semaines. Du coup je n’ai jamais regardé un film ou ossé relire ce roman. Je suis fan des soeurs Brontë, je trouve leurs univers assez fascinant.

  6. Je l’ai lu jeune adulte (petite vingtaine) et c’est vrai que c’est un livre « fort », une écriture intense ! Je n’ai pas vu d’adaptation du reste, j’avoue que je préfère parfois rester sur mon impression suite à une lecture, je reste dans la magie de l’écrit !

  7. C’est un roman que j’ai lu il y a longtemps, je ne me souviens plus des détails de l’intrigue mais l’atmosphère sombre de l’histoire est restée ancrée en moi ! Je sais que je l’avais beaucoup aimé en tout cas, et je le relirai avec plaisir cet automne ou l’hiver prochain !

  8. Madame_Gropotiron Répondre

    C’est mon livre préféré. On en avait rapidement parlé sur Twitter où je disais que j’étais surprise de voir que mes livres favoris étaient des histoires d’amour torturées qui me fascinent et me manquent profondément, alors que ce n’est absolument pas ce à quoi j’aspire pour moi même. Merci d’avoir inséré les citations en VO, j’ai revécu ces moments poignants et ce sont exactement les mêmes extraits que je connais par coeur en français.
    J’ai moi aussi trouvé la version avec Kaya Scodelario exceptionnelle. Je trouve que ce mode de réalisation est exactement celui qu’il faut privilégier pour une adaptation car ce sont des émotions brutes mises en images et ça évite, selon moi, l’écueil de transcrire en images du texte ce qui peut ressembler parfois à une traduction annonante et maladroite. En revanche, le choix d’avoir ajouté un élément politique qui n’était pas dans l’oeuvre originale m’a semblé complètement à côté de la plaque et absolument pas pertinent. Cela modifie pour moi toute la genèse de l’histoire. J’ai trouvé ce parti pris anachronique car à cette époque si le personnage de Heathcliff avait vraiment été noir, je ne sais même pas s’il aurait franchi le seuil de la maison et aurait été adopté de la sorte par le maître de maison. Autant je suis pour qu’on arrête de mettre des blancs partout (je valide carrément Hermione avec la peau noire!), autant là j’ai trouvé que, dans ce cas, l’histoire ne tenait plus debout.

    • Ah oui, c’est complètement anachronique, et tout à fait volontaire !

      Je pense que pour la réalisatrice, c’est au contraire une manière de nous « approcher », nous personnes du XIXème siècle, de l’essence de l’oeuvre. Le fait de mettre ici en scène un garçon noir nous offre un code qui est plus proche de notre société actuelle et ses travers, et donc nous permet d’être tout choqués, avec la même fraîcheur, que les lecteurs de l’époque ont dû l’être en découvrant le traitement fait à Heathcliff. Je trouve que c’est du génie !

      Je comprends toutefois que cela puisse déranger parce que c’est vraiment une politisation qui n’existait pas du tout dans le texte original.

      • Je vois ce que tu veux dire. Et je suis pour la politisation de tout 😀
        Mais je trouve que celle présente dans l’oeuvre initiale était suffisante et j’ai pas trouvé le traitement adéquat ici.
        Mais merci pour ces précisions je comprends mieux ton engouement 😊
        Et moi-même je recommanderai malgré tout cette adaptation tellement elle est puissante.

      • Peut-être que tu as raison en fait… Plus j’y repense et moins je me souviens pourquoi j’avais été déçue de cet ajout anachronique.
        Je vais y repenser. Merci pour cet échange 😉

      • Oh, je ne cherchais pas à t’influencer en tous cas, ton ressenti est tout aussi légitime que le mien et je peux tout à fait le comprendre ! Cela dit c’est toujours intéressant de voir une oeuvre d’une autre manière en échangeant avec d’autres personnes ^__^

      • Si je crois que j’ai trouvé (Nan mais si je parle trop supprime hein mais je pense que je vais dire un truc pas trop con). C’est que ça me met toujours mal à l’aise quand on fait un parallèle avec une oppression pour en expliquer une autre. Genre tu vas pas comprendre la lutte des classes, il faut qu’on compare avec le racisme. J’ai tjr l’impression que ça porte préjudice aux deux parties comme si c’était des oppressions, des éléments de pensée interchangeables. Après, ces oppressions sont liées et l’intersectionnalité est importante donc c’est à réfléchir.

      • Ah mais ya juste aucun souci ! J’ai bien compris que tu ne cherchais pas à me convaincre, je sais que c’est absolument pas le but. Et ça m’a fait plaisir de lire ton avis détaillé sur cette adaptation pcq je ne comprenais pas l’engouement pour ce choix là en particulier, mais je le respecte tout à fait. Je me suis mise à réfléchir pcq je me suis dit « mais meuf c’est vrai ça pk ça te gêne qu’il y ait un perso noir? T’aurais pas un problème avec ça ? »

        Pour préciser ma pensée je crois que ce qui me chagrine au cinéma c’est ce traitement des oppressions. Peut-être la réalisatrice à de très bonnes raisons que je n’ai pas comprises. Là j’ai juste l’impression qu’on a remplacé une oppression par une autre. Sans respect pour les deux. Le racisme est souvent utilisé pour faire comprendre un autre système d’oppression. Pour faire comprendre le sexisme d’une situation on va dire « Nan mais attends imagine c’est une noire, LÀ tu serais choqué donc tu vois c’est discriminant ». Le racisme, dans ce cas, « sert à ».
        Par contre quand il faut faire des films qui dénoncent le racisme là ya plus personne.
        C’est ça qui me gêne. Peut-être que je me plante dans les grandes largeurs, mais comme j’ai pas vu de racisme dans l’oeuvre de Brontë j’ai l’impression qu’ici il est utilisé comme un outil et je trouve pas ça correct.

      • Merci, je comprends beaucoup mieux ton ressenti et ce qui te gêne !

        Moi ça ne m’a absolument pas dérangée, donc je pense que c’est vraiment une question d’interprétation par rapport au traitement qui a été fait.

        À mon sens, il s’agit réellement d’une simple modernisation: dans le livre, Heathcliff est décrit comme un garçon au teint sombre et aux traits de bohémien, dont on ne connaît pas trop l’origine, et je crois que cela entre un tout petit peu en considération dans la façon dont il est traité (même si à mon sens il s’agit avant tout d’une jalousie personnelle de la part du frère de Cathy, Hindley). Ici le trait est largement forcé et on passe à un garçon noir, donc on politise la situation comme le livre ne l’a jamais fait, mais j’ai la sensation d’un renforcement, d’une actualisation, et pas du tout d’un autre combat. Pour moi, Heathcliff représentait l’Étranger et était perçu comme inférieur – c’est toujours le cas du Heathcliff du film, d’une autre manière, qui résonne davantage aujourd’hui.

  9. Je l’ai lu il y a des années, quand je lisais Jane Austen, vers 20 ans. J’avais beaucoup aimé et je sais qu’il a laissé son atmosphère sombre planer longtemps sur moi. Je ne me souviens guère de l’histoire donc il faudrait que je le relise, je suis sûre que j’y prendrais encpre plus de plaisir qu’à l’époque !

  10. Bonjour Victoria,

    je dois dire que je ne connais cette ouvre d’aucune façon – sauf de nom bien entendu (honte à moi peut-être, je ne sais pas…), tout comme beaucoup des œuvres classiques dont tu parles sur ton blog (les livres de Daphne du Maurier, les livres des autres sœurs Bronté et j’en passe).

    Mais je dois t’avouer que tu réussis à donner envie, de par tes posts aussi bien écrits et détaillés, de prendre connaissance de tous ces écrits.
    Etant donné que je n’ai déjà pas beaucoup de temps pour les livres qui m’intéressent, je vais très certainement utiliser les crédits Audible dont je dispose pour les écouter (j’avais déjà Rebecca dans ma liste d’envie, et je viens de rajouter celui-là).

    Merci de partager avec nous tes passions avec tant d’enthousiasme ♥

  11. Coucou !
    J’ai étudié le roman quand j’étais en licence, puisque ma spécialité était la littérature anglophone. J’ai également vu les adaptations de 1939 et 2011 car c’était celles que notre professeur souhaitait que l’on étudie en comparaison du texte. J’ai adoré, aussi bien le livre que les films, même si c’est vrai que dans un premier temps, je suis restée perplexe. En fait, j’ai appris à apprécier l’œuvre en l’étudiant d’une manière approfondie. Je pense que c’est un roman très complexe qui mérite réflexion et non pas une lecture « juste pour le plaisir ». Les thèmes abordés sont bien trop sérieux pour que l’on ressorte de ce texte indifférent. Mais comme tu le dis si bien, la fin apaise quelque peu le lecteur et je pense que c’est justement cette conclusion qui nous fait relativiser et aimer autant ce classique :)

  12. Chaque fois que je passe devant ce roman dans une librairie je m’arrête, prend le livre dans les mains , hésite et finis toujours par le reposer sur l’étagère (ça m’est encore arrivé pas plus tard qu’hier). Je ne saurais dire pourquoi mais je crois que je suis intimidée …

    Je ne suis pas une grande lectrice d’oeuvres classiques (on pourrait même dire que ça me rebute) mais je sens que je suis en train de passer à côté de quelque chose et ton article m’a donné envie de vite vite vite aller l’acheter!!!

  13. J’ai vu le film il y a longtemps sans même savoir que c’était un livre à la base…
    Mieux vaut tard que jamais, je vais aller lire cette oeuvre. J’avais aimé le film, je devrais donc adorer le bouquin !

  14. Le chef d’oeuvre qui a bouleversé mon adolescence. Il y a une telle adéquation entre la nature sauvage et âpre de cette contrée anglaise et les caractères des personnages…merci pour cet article très documenté et passionnant!

  15. Je n’ai pas lu ce livre, ni vu aucunes des adaptations cinématographiques.
    Comme tu le dis si bien, c’est un livre qui mérite d’être lu donc un jour je le ferai :)

  16. Bonjour Victoria,

    Je crois que je vais faire exception à la règle. J’avais tout préparé, pour lire ce livre. J’avais prévu Un long week-end entier d’automne dédier juste à lui. Pour être sûre que rien d’autre interfère, tellement j’étais SURE du coup de cœur.

    Je crois au contraire n’avoir jamais été AUTANT déçue d’un livre. Je m’attendais à être bouleversée, on m’avait vendu une histoire d’amour (????!) intemporelle, une ambiance que je ne trouverai pas ailleurs.

    Au lieu de ça, j’ai trouvé l’histoire d’un homme colérique, ivrogne, menteur, possessif, jaloux maladif d’une femme qui n’a jamais été sienne. Heathcliff est une caricature de tyran, il décide de punir la lignée de Catherine juste par caprice, parce qu’il ne l’a pas eu pour lui! Il traite son fils comme un moins que rien, lui refuse une éducation parce qu’il n’a pas pu se marier avec sa mère ?! Où est l’amour dans tout cela ?

    Et Catherine est l’héroïne la plus insupportable que j’ai rencontré. Tellement hautaine et sûre d’elle. Elle ne se marie avec Edgar que par caprice et égoïsme avec un fond de joie quand elle sait que ça fera du mal à Heathcliff. Elle n’aime pas Heathcliff, elle n’a aimé de lui que les souvenirs de leurs enfances.

    Je n’ai pas trouvé d’amour dans ce roman, j’y ai trouvé de la noirceur, de la violence, de l’égoïsme. J’y ai lu les vices des héros dépeints bien plus de fois que leur qualité. Personne ne s’aime, tout le monde se hait et se fait du mal. J’ai été déçue de ce livre et choquée qu’on puisse y voir de l’amour.

  17. Je comprends entièrement qu’on y consacre un article à part entière ! Récemment, en triant des papiers chez mes parents, j’ai retrouvé des notes et des dessins que j’avais fait au collège (!) après avoir lu le livre. Je l’ai donc lu assez tôt, peut être trop tôt pour en saisir toutes les subtilités… C’était étrange, du coup, de voir ces personnages dessinés par une main d’enfant/ado vu la noirceur du livre. Il y a un côté réellement hypnotisant dans cette oeuvre je trouve, même si on peut être rebuté par beaucoup d’aspects (c’est toute la difficulté mais toute la beauté aussi des oeuvres qui nous séduisent pour elles même sans que ça n’implique forcément d’affection pour les personnages…).

  18. Salut Victoria,

    Je l’ai lu il y a quelques années. C’est un livre perturbant et tu as mis les bons mots dessus. Je m’attendais à une romance dans le style de Jane Eyre (un de mes livres préférés) alors qu’en fait il est très sombre et tortueux. Même si ce n’est pas un livre que je mettrai dans mon top 10, je reconnais la plume unique d’Emily Brontë. J’ai regardé le documentaire de la BBC que tu mets en lien et du coup j’ai pu mieux cerner le caractère de l’auteure. Les sœurs Brontë sont vraiment à part dans la littérature féminine <3 Mais ma préférence reste définitivement pour Charlotte. J'allais te mettre aussi le lien (quelqu'un m'a devancé plus haut) vers la chanson de Kate Bush que j'ai toujours adoré dans mon enfance et encore davantage plus tard quand j'ai compris qu'elle parlait du roman :) voici un autre lien : https://www.youtube.com/watch?v=-1pMMIe4hb4 (attention c'est très 80's !!)

  19. J’ai lu ce livre un été comme toi, il y a de cela bien 5 ou 6 ans. J’ai adoré. J’ai par la suite vu l’adaptation cinématographique avec Juliette Binoche et j’ai adoré aussi.
    Je n’arrive pas à expliquer ce que ce livre et ce film ont eu comme impact sur moi, mais quand on me demande mon livre préféré c’est celui-ci que je réponds. Il m’a touché bien plus qu’Orgueil et Préjugé (dont j’ai adoré l’adaptation cinématographique plus encore que le livre..) et tous les romans modernes. Peut être est-ce cette qualité d’écriture qui manque tant aux romans d’aujourd’hui.. qui fait qu’on met du temps à les lire et que finalement, on les savoure peut être davantage qu’un Guillaume Musso…

    Très bonne idée cet article en tout cas :)
    Bisous
    Pauline
    http://confidencesduneblonde.com

  20. Lu il y a des années maintenant (pendant ma première période Jane Austen, j’ai bifurqué assez vite vers d’autres romans de la même époque), je me souviens qu’il m’avait profondément marqué par sa dureté justement. On est dans le romantisme au sens premier du terme (le mot a un peu changé de sens depuis) et l’écriture est magnifique

  21. Il y a déjà un an que j’ai lu ce roman mais je me souviens du mal-être après. J’aimais indéniablement mais comme toi, il m’a fallu quelques jours pour tenter de comprendre pourquoi. Tu as fait un très bel article et je vais voir les poèmes et l’émission de France Inter ce soir.
    Je te recommande Le Maître des Illusions de D. Tartt, dans un autre genre mais qui laisse une trace étrange et longtemps après.

  22. Hello Victoria !

    J’ai mis assez de temps à laisser un commentaire ici comme j’ai mis assez de temps à me remettre de cette lecture. j’ai eu exactement le même ressenti que toi, ou pour être plus précise, je ne sais toujours pas exactement quoi en penser… je crois que ce livre m’a tout simplement bouleversée. Je l’ai lu en même temps que toi et je trouve que tu en parles très bien.

    Je crois que j’ai envie de relire certains passages avant d’explorer plus profondément l’univers. Il y a des moments où j’étais un peu perdue dans la narration. Par exemple au début avec les différentes « Catherine » que rencontre le narrateur pendant cette nuit mystérieuse… bref, j’ai presque envie de relire ce livre en entier !

  23. Fan du livre que j’ai étudié à la fac, je me suis dit qu’il serait sympa de regarder le film dispo sur Netflix (celui de 1970, il me semble). Je n’avais pas de très grandes attentes (même si j’adore l’histoire je me doutais que ce ne serait pas comme je l’avais imaginée) mais clairement, je l’ai trouvé affreux. Mal joué, mauvais, comme un téléfilm M6 l’après-midi!…… Je serais curieuse d’avoir ton avis.

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